Yukio Mishima, de son vrai nom Kimitake Hiraoka, connut avec ce roman autobiographique un succès assez rapide alors qu'il n'avait que 24 ans.
Récit de l'adolescence d'un jeune homme japonais dans les années 40, dans une société en guerre et en pleine mutation, cette "confession" d'un "masque" s'entend en plusieurs sens.
Contraint de cacher ses attirances homosexuelles, le narrateur apprend à se conduire comme un jeune homme "normal" dans une culture partagée entre l'impassibilité de la bonne conduite, et les martyres d'une guerre violente et sanguinaire qui ne peut que marquer tous les enfants de cette époque.
Le narrateur évolue dans un milieu de la bourgeoisie protégée, il connaît les bonnes écoles pour garçon, enfant maladif et chétif, il fantasme sur l'imagerie chevaleresque du moyen-âge et sur les morts violentes, inspirées par la thématique des samouraïs et par l'arrière fond de la guerre et de ses soldats kamikazes...
Mishima était un grand admirateur des valeurs traditionnelles du Japon d'avant-guerre, il dénonçait par-là même une modernité dangereuse et industrielle, qui dépossède de son identité et maintient la société dans l'anonymat.
Personnage à part et romanesque que ce Mishima, violent dans sa sensibilité, marginal dans son conservatisme, il allait se donner la mort de façon spectaculaire en 1970, par seppuku - cette pratique des samouraïs consistant en se donner la mort par éviscération - après avoir mis en scène une tentative de coup d'état au nom de l'empire et du Japon ancien...
Ce roman gagne à être connu, même si le propos peut parfois sembler long et paradoxalement assez prude.
Mais ce "masque" demeure l'évocation d'une société de l'anonymat, de la guerre, de soldats et de travailleurs industriels, bien loin de l'époque glorieuse dont peuvent rêver les bâtisseurs d'empire.