Encore un groupe dont l''annonce du deuxième album provoque des batailles rangées virtuelles. Ses détracteurs, agacés par la hype ayant suivi Oracular Spectacular, ne manquent pas de lui cracher dessus avant d''avoir écouté le moindre morceau, les fans transis hurlent au génie sans plus de recul, les directeurs artistiques des agences de pub piaffent d''impatience derrière leurs lunettes carrées, prêts à se jeter sur le premier tube afin de l''intégrer à une campagne pour une lessive, des nouvelles chips ou du PQ. Seuls les vieux-jeunes de l''UMP resteront en retrait, Kids leur faisant encore mal au cul. Pas de bol, Congratulations ne contient pas le moindre tube! Bien fait pour leur gueule tient! MGMT prend tout le monde à revers avec cette deuxième galette. Encore une qualité à mettre à leur actif. Mais que contient donc cette chose à la pochette si immonde ?
Ni plus ni moins qu''une nouvelle étape dans le renouveau psychédélique qui semble désormais se répandre un peu partout sur divers styles musicaux. Depuis quelques années, des groupes hirsutes élaborent des disques emprunt de cette mouvance sixties. Bien sûr, celle-ci n''a jamais vraiment disparu. Des allumés comme Anton Newcombe, Wayne Coyne et autres timbrés du collectif Elephant Six ont fait perdurer l''héritage des Beach Boys durant les années 1990. Mais cette fois, ce mouvement ne semble plus se cantonner à des amateurs bricolant des morceaux dans leur garage. Il est d''ailleurs certain que Congratulations va inciter la partie non superficielle des fans de MGMT à partir à la recherche d''autres disques riches en mélodies délicieusement régressives et colorées. Et c''est tant mieux!
Bref. Nos deux New-Yorkais proposent ici de développer un aspect effleuré sur leur premier album. On oublie donc les refrains entêtant et les mélodies passe-partout. Congratulations demande de la patience, un bon nombre d''écoutes et une ouverture d''esprit maximum. Autant dire qu''il va vite être oublié. Pourtant, une fois apprivoisés, certains morceaux s''avèrent savoureux. L''introduction "It''s Working" déjà. Cette voix lunaire bidouillée surnageant un gloubi-boulga de clavier, le tout sur un rythme enlevé, ça pose un album. Le morceau suivant, "Song For Dan Treacy", est du même tonneau, en mieux, merci Of Montreal au passage. Alors évidemment, les mélodies niaises ("I Found A Whistle"), les arrangements enjoués, les ch½urs suraigus, ça fera rire les coincés. Mais que c''est bon ce déferlement d''insouciance, cette crétinerie revendiquée! La pièce de choix étant "Siberian Breaks", rêverie azimutée s''étirant sur toute une face soit douze minutes de montées, de descentes, d''arpèges cotonneux, d''envolées lyriques. Un collage en plusieurs mouvement, jamais ennuyant malgré la longueur. Chapeau.
Cependant, Congratulations contient son lot de titres poussifs, faisant malheureusement retomber l''enthousiasme. "Someone''s Missing" qui ne décolle que dans ses trente dernières secondes ou "Lady Dada's Nightmare" plage instrumentale qui aurait gagné à être placée en conclusion. Les ruptures de ton biaisent également quelques plages. « Brian Eno » aurait ainsi pu se muter en unique tube bien efficace sans ses breaks inutiles.
Une absence de tubes finalement loin d''être dramatique. Les étendues psychédéliques se renouvelant assez pour éviter l''ennui. Et on ne risque pas cette fois d''entendre les blips blips du groupe en fond sonore d''une annonce pour un match de foot merdique (pléonasme) ou d''un reportage sur l''envolée-des-prix-du-poireau-défavorise-le-pouvoir-d'achat-des-retraités-la-vie-est-dure-madame-Michu. C''est toujours ça de pris.