Pionnier de ce que l’on peut qualifier de fusion « world metal », Max Cavalera approfondit depuis plus de dix ans avec Soulfly ce métissage qu’il avait entamé au sein de Sepultura (avec
Chaos A.D. en 1993 et
Roots en 1996). Après s’être ouvert au reggae, au dub, au flamenco, aux musiques brésilienne ou balkanique sur les précédents albums, ce sont à présent des influences arabisantes que l'on remarque sur ce sixième album enregistré… en Egypte. On note même la présence du joueur de duduk Fedayi Pacha, sur le titre
« Touching the Void ». C’est d’ailleurs une constante de Soulfly que d’inviter des artistes d’horizons divers (metal, certes, mais aussi pop ou world). Car si Max Cavalera est le maître de cette formation – avec laquelle il se confond un peu – il n’a de cesse de multiplier les collaborations sur chaque enregistrement.
Si les invités sont ici moins nombreux, on note tout de même la présence de l’aboyeur en chef de Morbid Angel, David Vincent, sur l’excellent titre d’ouverture
« Blood Fire War Hate », boutefeu pour pogos frénétiques, ainsi que celle de Dave Peters (Throwdown) sur le Pantera-esque
« Unleash ». Le guitariste Marc Rizzo (ex-Ill Niño), brillant complice du Brésilien depuis
Prophecy en 2004 (c’est son troisième album avec Soulfly et il a également pris part au projet Cavalera Conspiracy au côté des frères Cavalera réunis), est toujours là et bien en forme, signant de fameuses parties de guitare, tour à tour véloces et dignes du speed metal des années 80 ou plus « aériennes ».
Vieux routier du metal, Max Cavalera n’a plus rien à prouver… ce qui le rend libre d’oser ce que bon lui semble et de se faire plaisir (« Je fais tout ça par amour de la musique. On pourrait utiliser des trucs de studio pour faire des albums commerciaux et vendre plus mais je ne serais pas heureux en procédant de cette manière »). Sans se départir d’une signature très enracinée dans le thrash metal dont il vient (mâtiné de tendances death ou punk), il entrelarde des compositions lourdes et martiales de thèmes mélodiques, de passages acoustiques ou « world » (duduk et digeridoo sur
« Touching the Void »), de dub (l’outro de
« For Those About to Rot »), de claviers « gothisants » (
« Blood Fire Hate War »,
« Fall of the Sycophants »)… Soulfly s’autorise même une surprenante incursion dans le doom metal avec
« Touching the Void », « hommage à Black Sabbath », envers qui la déférence de Max Cavalera est notoire. L’album se clôt avec l’instrumental
« Soulfly VI », un beau morceau, aérien, aux riffs amples, mélodiques et d'une douce mélancolie.
Pérégrinant par le monde à la façon d’un Manu Chao du metal, Cavalera insuffle à son thrash metal (on croit d’ailleurs, par instants, retrouver le son du Sepultura de la fin des années 80/début 90) toutes sortes de sonorités. Le résultat n’a pas toujours été heureux et la discographie du groupe est relativement inégale, mais avec
Conquer, Max « Soulfly » Cavalera démontre une fois de plus qu’il reste un artiste inventif, capable d’un metal aussi puissant et entraînant qu’audacieux et l’un des meilleurs ambassadeurs du métissage musical.
« Ça fait un moment », dit-il, « que j’enregistre des disques et cette fois j’ai trouvé l’équilibre parfait entre brutalité et expérimentation ». CQFD.
Mikaël Faujour - Copyright 2012 Music Story