1999... je me souviens très bien de la sortie de cet album, annoncé un peu comme le Messie, le renouveau du Death Metal.
Il faut dire que le genre, initié dans la deuxième moitié des années 80 et qui avait connu une ascension fulgurante jusqu'au début des années 90 avec la multiplication des groupes américains -pour une grande partie floridiens- et dans un deuxième temps, les vagues suédoise et hollandaise, même si le phénomène s'est largement plus étendu.
Puis, dans le deuxième moitié des années 90, le flot semble s'être quelque peu tari, bon nombre de formations se sont soit essoufflées -Obituary, Deicide, Malevolent Creation- voire s'éteignirent -Suffocation, Pestilence, Death ; certains traversèrent tout de même cette dure période sans encombre -Cannibal Corpse, Morbid Angel, Vader, Immolation- mais ils ne furent pas légion.
Dans ce contexte de Death Metal moribond qu'est arrivée la déferlante Brutal Death: un savant mélange des acquisitions Death, désormais relégué au rang de "old school", en terme de noirceur, anticléricalisme et bellicisme avec un côté technique et une rapidité d'exécution hors norme.
C'est donc en cette fin de siècle que déboulent les grosses pointures actuelles en matière de Death brutal, que ce soit Krisiun et son subjuguant "Apocalyptic Revelation" -"Black Force Domain" ayant moins marqué les esprits-, Nile et l'original "Amongst the Catacombs of Nephren-Ka", et donc Hate Eternal et le terrible "Conquering the Throne".
Un titre ambitieux pour un album qui ne l'est pas moins.
Le groupe est à l'époque composé d'Erik Rutan, le leader, qui a fondé le groupe après sa sortie de Morbid Angel, qui s'entoure de Tim Yeung, Jared Anderson et Doug Cerrito.
Fort de cette équipe chevronnée, Erik Rutan enregistre ce premier jet à Tampa en Floride début 1999. L'album sort quelques mois plus tard sur le label Earache -Wicked World pour être précis, qui est une de ses divisions-, toujours grand soutien pour le metal racé.
Le résultat est là: un album d'une intensité rare, rapide, précis, belliqueux, technique, BRUTAL.
Rutan écrit la majorité des titres, en laisse trois à Doug Cerrito. On relève donc forcément des influences Suffocation, mais aussi Morbid Angel période "Domination".
Cependant, Hate Eternal se démarque en grande partie grâce à la production claire de son leader, mettant en avant ce mur sonore typique du genre tout en laissant s'exprimer chaque instrument pour faire ressortir la virtuosité des musiciens -ça, virtuoses ils le sont! Les riffs sont nets et précis, tranchants comme des rasoirs, la rythmique batterie/basse implacable et le guttural de Rutan secondé par Jared Anderson n'a rien à envier aux autres groupes. Les 33 petites minutes de ce disque passent comme une lettre à la Poste.
Hate Eternal est déjà un vieux briscard au premier album, c'est la grande expérience de ses membres qui en témoigne.
Par la suite, Doug Cerrito et Tim Yeung s'en iront, laissant le poste de deuxième guitariste vacant.
Dès le deuxième album, le groupe atteindra l'apogée de son art.