Stefan Zweig relate ici la lutte entre le totalitarisme -au besoin sanguinaire- de Calvin et la tolérance de son opposant malheureux Sébastien Castellion. Ecrit au moment du triomphe du nazisme en Allemagne comme en Autriche, ce quasi-pamphlet prend évidemment une valeur morale d'actualité. L'idée est intéressante, l'intention louable, mais ceci hélas n'est pas un véritable travail d'historien car sources et citations ne sont pas précisées (aucune bibliographie!), ce qui ne nous permet pas de démêler le parti pris (auquel nous ne demandons qu'à adhérer), d'une vérité objective scientifiquement établie. A ce flou s'ajoute, mais peut-être est-ce amplifié par une traduction filandreuse, un style plutôt lourd et emphatique. Zweig a très probablement raison, mais pour le vérifier il est nécessaire de mieux se documenter sur les acteurs des premiers temps de la Réforme. L'histoire est en effet une science et pas simplement de la littérature. L'immense romancier qu'est Zweig n'a pas donné ici son meilleur malgré l'intérêt certain de cette lecture.