Détails sur le produit
Souhaitez-vous compléter ou améliorer les informations sur ce produit ? Ou faire modifier les images?
|
Mots-clés inspirés de produits similaires(De quoi s'agit-il ?)Soyez le premier à ajouter un mot-clé pertinent (fortement associé à ce produit)
|
|
Partagez votre opinion avec les autres clients:
|
||||||||||||||||||||||
|
Commentaires client les plus utiles
4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Une réflexion essentielle,
Par Johan Rivalland (LEVALLOIS-PERRET France) - Voir tous mes commentaires (TOP 50 COMMENTATEURS) (VRAI NOM)
Achat authentifié par Amazon(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Considérations morales (Poche)
Ce court ouvrage est composé de deux parties.Pour commencer, un très bel hommage de Mary McCarthy à Hannah Arendt paru quelques mois après sa mort, où elle revient sur la vie intellectuelle de l'auteur et son mode de vie tout entier centré autour de la pensée, ainsi que sur ce qui guide l'émergence de son dernier essai. Puis, les "considérations morales" de Hannah Arendt, qui prennent pour point de départ la question du mal et les observations tirées à l'époque du procès Eichmann, sans toutefois y revenir en tant que tel, mais plutôt pour s'interroger sur l'activité et l'aptitude à penser, à la base de la conscience, qui seule peut mener à distinguer le bien du mal et conduire les hommes à ne pas faire le mal. En effet, aussi intelligent puisse-t-on être (ou plus exactement, selon les propos d'Hannah Arendt, même sans être quelqu'un de stupide), c'est l'extraordinaire superficialité d'un individu, son inaptitude à penser, qui peut entraîner par exemple à obéir à des ordres et à faire le mal, sans que sa conscience ne le guide dans ses agissements (sur la pratique de cette idée, voir le fabuleux ouvrage de Michel Terestchenko Un si fragile vernis d'humanité : Banalité du mal, banalité du bien). Dès lors, elle s'attache à tenter d'analyser les mécanismes qui lient l'aptitude ou l'inaptitude à penser et le problème du mal. Trois propositions principales guident ce raisonnement : 1°) "Si une telle liaison existe réellement, la faculté de penser, distincte de la soif de connaissance, doit être alors attribuée à tout le monde ; elle ne peut être le privilège de certains". Voilà une idée qui m'est chère. En effet, vous êtes certainement souvent frappés, comme moi, par cette propension qu'ont des hommes parfois très cultivés à faire le mal ou à en être complice (dans le cas d'Hannah Arendt, par exemple, je rappelle au passage l'immense déception qui fut la sienne au sujet de l'attitude de Martin Heidegger, dont elle était jusque-là très proche, face au Nazisme). Et inversement, vous connaissez certainement comme moi de nombreuses personnes pas forcément très cultivées et pensant de manière très saine et avec plein de bon sens, tout en se montrant très bonnes, serviables, toujours prêtes à aider, à venir en aide. Cette première conclusion, issue du raisonnement, me semble donc fort intéressante et précieuse. 2°) "Si Kant a raison et si la faculté de penser connaît une "aversion naturelle" à l'égard de ses propres conséquences en tant qu'"axiomes certains", alors on ne peut être en droit d'espérer aucun mode de conduite définitif, aucune proposition morale ou commandement de l'activité de penser, encore moins une nouvelle définition, supposée décisive, de ce qu'est le bien et de ce qu'est le mal". Ceci relativise complètement notre capacité à établir des principes définitifs et indépendants des événements de notre existence. Et montre la fragilité et le caractère relatif de nos conceptions théoriques, qui peuvent se trouver bouleversées par ces événements. Une idée peu réjouissante... 3°) "S'il est vrai que la pensée a affaire à des invisibles, il s'ensuit qu'elle est hors de l'ordre, car nous nous déplaçons normalement dans un monde d'apparences dans lequel l'expérience la plus radicale de disparition est la mort (...)". Aussi, "quelque chose de pertinent pour le monde (...) ne peut provenir que de l'activité de penser, de l'activité elle-même, de son exécution, ce qui signifie que nous devons remonter aux expériences plutôt qu'aux doctrines. Et vers quoi nous tournerons-nous pour de telles expériences ? Monsieur-tout-le-monde, qui doit penser, estime-t-on, n'écrit pas de livre ; il est occupé à des affaires plus pressantes. Et les quelques "penseurs professionnels", comme Kant les nomme, n'ont jamais été très enclins à écrire sur l'expérience elle-même, peut-être parce qu'ils savaient que la pensée n'aboutit à rien concrètement, de par sa nature même. Car les doctrines de leurs livres étaient inévitablement composées en fonction de la multitude qui attend des résultats, et ne se soucie pas de distinguer la connaissance et la pensée, la vérité et le sens". Puis, dans la deuxième partie de l'essai, Hannah Arendt s'intéresse au cas de Socrate, dont l'activité de penser se distinguait à la fois de celle de la multitude comme de celle des "penseurs professionnels" et surtout "qui n'aspirait pas à gouverner des cités et ne prétendait pas non plus savoir comment prendre soin de l'âme des citoyens et l'embellir ; qui ne croyait pas que les hommes puissent être sages, n'enviait pas aux dieux leur divine sagesse, à supposer qu'ils dussent en posséder une ; et qui donc n'a même pas été tenté de rédiger une doctrine qui pût être enseignée et étudiée. En bref, je propose d'utiliser comme modèle un homme qui pensait, sans pour autant être devenu un philosophe ; un citoyen parmi les citoyens, qui ne faisait rien, ne prétendait rien qui à ses yeux ne pût et ne dût être aussi soutenu par chacun des citoyens". C'est alors à une véritable invitation à la méditation que nous sommes conviés, à l'éveil du sens critique et de la remise en cause des préjugés ; en bref, à sortir de la paralysie de la pensée. Entreprise toutefois pas sans danger ; au premier rang desquels le nihilisme, qui peut s'avérer aussi dangereux que la non-pensée. Au sujet de cette dernière, et nous sommes bien au coeur du sujet (en pensant par exemple à l'attitude d'Eichmann), l'obéissance aveugle aux règles peut s'avérer dangereuse (voir sur ce sujet l'ouvrage de Thierry De Vingt-Hanaps "Socrate contre Antigone ? : Le problème de l'obéissance à la loi inique en philosophie morale"). En effet, la plupart des gens sont "habitués à ne jamais se décider. Qu'apparaisse alors un individu qui, pour une raison ou une autre, dans n'importe quel but, prétende abolir les anciennes "valeurs" ou vertus - cela lui sera facile s'il produit un nouveau code - il n'aura besoin ni de force ni de persuasion, d'aucune preuve montrant que les nouvelles valeurs sont meilleures que les vieilles pour les imposer. Plus les hommes s'accrochent au code ancien, plus ils s'empressent de s'assimiler au nouveau ; la facilité avec laquelle de tels renversements sont possibles suggère bien que tout le monde dormait lorsqu'ils survenaient. ce siècle nous a offert dans ce domaine quelques expériences : il a été facile pour les régimes totalitaires de renverser le commandement fondamental de la morale occidentale - "Tu ne tueras point" dans le cas de l'Allemagne de Hitler, "Tu ne porteras pas de faux témoignages envers ton prochain" pour la Russie de Staline". Idées qui ne peuvent que me faire penser, successivement à Sophie scholl, qui se référait justement à la notion de conscience pour remettre en cause l'émergence de lois iniques, ainsi qu'aux expériences de Milgram (on peut également se référer de manière opportune à l'intéressant ouvrage de Paul Watzlawick sur La réalité de la réalité - Confusion, désinformation, communication). La conclusion de cette seconde partie, dont je vous engage à lire les raisonnements détaillés, est terrible, mais si juste : "Que le mal soit une simple privation, une négation ou une exception à la règle, est presque unanimement l'opinion de tous les penseurs (L'erreur la plus claire et la plus dangereuse dans la proposition, aussi ancienne que Platon, "nul ne fait le mal volontairement" est la conclusion qu'elle entraîne : "tout le monde veut faire le bien". La triste vérité est que la plus grande part du mal est faite par des gens qui ne se sont jamais décidés à être bons ou mauvais)." Conclusion : "seuls les gens imbus de cet "erôs", ce désir amoureux de la sagesse, de la beauté et de la justice, peuvent penser". Le point de départ de la troisième et dernière partie de cet essai porte sur les deux propositions socratiques suivantes, que discute l'auteur : - "Mieux vaut être traité injustement que de commettre un tort". - "Mieux vaudrait pour moi que ma lyre ou qu'un choeur sous ma direction donne des sons discordants ou des accords faux, et qu'une multitude d'hommes soit en désaccord avec moi, plutôt que moi, étant un, sois en disharmonie avec moi-même et me contredise". L'idée... Lire la suite › Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
La Pensée destructrice ou vertueuse !!!,
Par
Achat authentifié par Amazon(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Considérations morales (Poche)
Ce passionnant Essai de Hannah Arendt sur la Pensée, lui permet de revenir sur le concept qu'elle a élaboré lors du procès de Eichmann (ancien cadre du régime Nazi et responsable de l'organisation du massacre de millions de Juifs) à Jérusalem en 1961, celui de "la banalité du mal".En effet, pour Hannah Arendt, malgré l'horreur des crimes commis par Eichmann (et tant d'autres Nazis...), son profil ne relève pas d'une pathologie spécifique, mais plutôt d'une "extraordinaire superficialité", d'une profonde et totale incapacités à Penser par lui-même : il appliquait froidement l'Idéologie criminelle du III Reich, sans aucune mauvaise conscience. L'auteur en déduit donc qu'il n'y a pas que les "monstres" qui sont capables de commettre un "mal infini", mais également "Monsieur-tout-le-monde" et cela sans aucune motivation haineuse particulière. Car Hannah Arendt reprend la distinction que faisait Kant entre : la Pensée et la Connaissance. Entre les deux, seule la Pensée permet de juger entre : le Bien et le Mal. Finalement, chaque individu possède la capacité de Penser par lui-même et est donc capable de s'en servir..., à bon ou à mauvais escients... Confer également d'autres ouvrages aussi passionnants sur le même thème, de : - Hannah Arendt Eichmann à Jérusalem ; - Hannah Arendt Le système totalitaire : Les origines du totalitarisme ; - Michel Terestchenko Un si fragile vernis d'humanité : Banalité du mal, banalité du bien ; - Tzvetan Todorov Mémoire du mal, Tentation du bien : enquête sur le siècle. P.S. : Un grand merci à Johan Rivalland pour la découverte de ce formidable Essai sur la Pensée. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Partagez votre opinion avec les autres clients: Créer votre propre commentaire
|
|
|