Ceux pour qui la philosophie se réduit au maniement de concepts doivent lire ce livre; la Philosophie y est elle-même un personnage, ce qui accentue son rôle crucial dans la vie quotidienne (et ses moments les plus troublants). Si Boèce (480-524) est habituellement identifié à l'aristotélisme et au christianisme, c'est néanmoins au platonisme, au stoïcisme et au néoplatonisme que se réfère surtout la Consolation: a) l'oeuvre emprunte la trajectoire d'un dialogue socratique en ce que, de la suppression des faux-savoirs, l'interlocuteur en vient graduellement à une meilleure approximation du Bien, de la justice, de la providence - d'autre part, la Philosophie fait écho à la prêtresse Diotime du Banquet de Platon, et la connaissance est similairement envisagée comme un enthousiasme, une élévation de l'âme; b) le contexte tragique qui vit naître ce texte rappelle la composition des Lettres à Lucilius de Sénèque; c) le recours fréquent à la poésie et aux mythes par l'allégorie s'inscrit dans l'approche exégétique stoïcienne et néoplatonicienne. Cependant, considérer la Consolation comme un simple résumé de sources anciennes serait une grave erreur, puisqu'on négligerait alors la dimension éminemment personnelle qui rend cette œuvre si forte et émouvante.