On peut évacuer à la vitesse de l’éclair ce deuxième album de The Raconteurs (disque enraciné dans la tradition la plus séminale du rock, sous influences assumées de Led Zeppelin et des Who, brutal et jouissif), et passer à autre chose.
Mais on peut également renifler les indices. Cet album a donc été publié peu de temps après l’annonce de sa parution, ce qui est totalement contraire à toutes les règles de marketing, comme un vigoureux tirage de langue à un certain commerce international. L’illustration sépia du recto du livret pousse l’appropriation jusqu’à faire figurer devant les musiciens concernés les symboles leurs états de résidence (le Tennessee pour Jack Lawrence, etc…), mais si c’est bien d’Amérique dont il s’agit, on parle des bas-côtés, là, et de toute une culture de l’étrangeté, qui, par exemple, mêle désir et foi (
La Nuit du chasseur), comme dans toutes démarches du chanteur de The White Stripes, et leader de The Raconteurs, Jack White, depuis le début de sa carrière professionnelle.
White qui, justement, désire aujourd’hui que l’on accole un III à son pseudonyme, en allusion revendiquée au film
Le Troisième homme (les cadrages obliques de Carol Reed sur le visage d’Orson Welles ?), et qui alimente désormais, dans la course de The Raconteurs, une lutte esthétique et d’influence avec Brendan Benson, quant à la production, la composition, et le chant (Benson vocalise parfois comme White, jamais le contraire).
De plus,
Consolers of the Lonely offre donc un champ/chant de bataille, le poids de chansons ancrées dans la récurrence (The Rolling Stones n’ont pas œuvré en vain), et d’étranges affiliations. En ce sens, la reprise du
« Rick Kid Blues » de Terry Reid, mini culte, chanteur de blues rock britannique, et quasi-clone du chant de Robert Plant, gage de façon imparable la volonté des Américains de s’inscrire dans, et, partant, renouveler, la culture du rock progressif. De quoi donner envie de s’asseoir, et attendre la suite des évènements.
L’album a bénéficié d’un accueil critique très favorable, et
Consolers of the Lonely (d’après une inscription figurant sur un mur de la grand-poste de Washington), s’est frayé, et ce dès sa sortie, un parcours dans le Top 10 des charts américains, et britanniques.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story