Difficile d'en remettre une louche (positive) après l'impeccable commentaire de J.S., sans tomber dans les superlatifs ; mais peut-être que deux fois cinq étoiles ne sont pas de trop, pour vraiment encourager les amazoniens à découvrir ce trio mené par Dave Douglas dans les années 90.
Le groove décapant du morceau-titre, en ouverture, rassurera immédiatement les amateurs du premier album éponyme du tiny bell trio (enregistré en 1993). Quant à ceux qui découvriront le groupe via Constellations (1995), ils seront peut-être d'autant plus ébaubis par les immenses qualités musicales -et d'évidence, les connexions humaines- unissant le trompettiste Dave Douglas, le guitariste Brad Shepik et le batteur Jim Black.
Pour ce second opus sur le label suisse hat hut, enregistré à mi-chemin d'une tournée, le trio fait montre d'une créativité et d'un sens de l'écoute phénoménaux, davantage encore que dans leur premier album, ce qui n'est pas peu dire. Le degré d'échange brouille franchement les cartes, l'écrit et le spontané se fondent l'un dans l'autre avec une assurance bluffante. Pour l'auditeur, même un grand nombre d'écoutes n'épuise pas les découvertes à faire et à refaire, dans ce joyeux dédale sonore plein de maîtrise et de finesse.
En conjuguant souvent l'énergie brut et folle du rock, aux couleurs et élans libertaires du jazz et de l'improvisation la plus libre et électrisante, les trois hommes montrent leur désir brûlant de dynamiter les frontières et les étiquettes stylistiques.
Les compositions fortes du leader (« Hope ring true », ballade étrange et tortueuse, qui tire finalement vers une rugosité éclatée, « Taking sides » - une pépite d'énergie aux tensions dramatiques, ou encore « Scriabin », un délice minimal et sensuel), et ces reprises surprenantes (« Les croquants » de Brassens, ou « Vanitatus vanitatum » de Schumann, une pièce initialement écrite pour violoncelle et piano) font percevoir à quel point ces musiciens ont à c½ur de proposer une alternative authentique et singulière à ces innombrables disques de jazz nourris exclusivement d'un répertoire fossilisé.
Avis aux amateurs d'albums (très) vifs et atypiques...