Comme tout le monde (ou presque), j'ai toujours cru que je connaissais par coeur les contes de Perrault. Parce que je croyais les avoir lus quand j'étais enfant. Parce que j'avais vu des dessins animés de Disney. Parce que ma professeure de philosophie de terminale nous avait raconté la vraie fin et le vrai sens des contes en guise d'introduction à son cours. Je pensais que cela suffisait. Mais à presque 25 ans, j'ai eu l'occasion de faire de nombreuses découvertes : Perrault a rédigé certains de ses contes en vers et non en prose (et ça ne fait pas du tout le même effet à la lecture), ses écrits sont riches en humour et en phrases à double-sens, et enfin la morale est extrêmement explicite à la fin de chaque conte. Ces " moralités ", comme l'auteur les appelle, sont encore plus claires que dans les fables de la Fontaine, elles tiennent en quelques phrases et sont souvent indiquées dans un paragraphe intitulé " moralité ", voire " autre moralité " pour les contes dont on peut tirer plusieurs enseignements. Difficile de les râter dans la version originale.
Et oui, car notre problème à tous (ou presque) c'est que nous n'avons jamais lu la version originale de ces contes, nous nous sommes contentés de transcriptions et d'inspirations. Alors bien sûr, ces contes et leur morale ont tous quelque chose d'un peu vieillot (et d'un peu misogyne aussi) : les filles y sont belles et coquettes (et des fois même " intelligentes comme des anges " !), et on leur enseigne la vertu. Ne l'oublions pas, ces contes ont une visée éducative : jeunes filles, méfiez-vous du grand méchant loup, ne succombez pas au vice (au père incestueux dans Peau d'Ane par exemple, au loup " doucereux "), soyez gentille et pure. Battez-vous pour votre vertu, car c'est bien connu, c'est extrêmement pénible, mais payant. Et oui, si on se préserve, malgré des tentations et des efforts toujours plus difficiles, on obtiendra un prince en échange. Yahou ! Je vous renvoie à un slogan féministe des années 1970 cité dans " Merci les filles " : " n'attends pas le prince charmant, apprends à lire et deviens qui tu es ".
Trêve de plaisanterie ; vieux jeu ou non, ces contes font partie de notre patrimoine culturel. On a tous été élevés avec sans savoir exactement de quoi il retournait, alors il est, pour moi, temps d'aller jusqu'au bout et de lire ces contes dans leur version originale.
Les éditions pour lycéens et étudiants des contes ont l'avantage d'être pleines de commentaires et d'informations sur l'époque, les contes en général et l'origine de ces histoires (à ne pas lire en permanence en même temps que le texte sous peine de gâcher la lecture). Celle que j'ai lue contenait en plus les gravures de Gustave Doré, ce qui ne gâche rien. Les commentaires expliquant ces gravures sont par ailleurs extrêmement utiles si on ne veut pas passer à côté de quelque chose.
Je conseille de lire un conte de temps en temps pour bien les apprécier ou même de les redécouvrir en famille !