L'Expansion
Les redressements rapportent aujourd'hui près du tiers de l'impôt sur le revenu. Plongée dans le monde terrifiant du fisc en deux ouvrages. Le thème du harcèlement moral fut le succès en librairie de l'an dernier. En 2000, ce sera sans doute celui du harcèlement fiscal. En pleine tentative de réforme de Bercy, initiée par Dominique Strauss-Kahn et poursuivie par Christian Sautter, deux livres, La Traque fiscale, chez Albin Michel, et Contribuables, vous êtes cernés !, au Seuil, viennent coup sur coup pointer du doigt les méthodes de " cow-boy " du fisc.
Ce qui hier encore aurait pu paraître comme une démarche poujadiste se révèle aujourd'hui comme une évidence. La machine Bercy s'est emballée. La traque fiscale est devenue une véritable ressource, l'équivalent du tiers de l'impôt sur le revenu, selon les chiffres révélés par Vincent Nouzille, journaliste à L'Express, auteur avec sa consoeur de Libération Alexandra Schwartzbrod d'une biographie remarquée sur Jean-Luc Lagardère. Son propos : dénoncer la mine d'or que sont devenus les contrôles fiscaux. Le montant des redressements notifiés par le fisc a atteint 69,8 milliards de francs en 1998, soit un bond de 121 % en une décennie. Un montant auquel il faut ajouter les quelque 23 milliards de francs de pénalités.
Au départ, il y a les 31 millions de déclarations que les contribuables français remplissent. Un système déclaratif propre à la France qui repose sur la peur du gendarme. Précaution supplémentaire, 700 brigades veillent au grain. Mais, de la vérification à l'excès de zèle ou de pouvoir, il n'y a qu'un pas, franchi par l'administration fiscale. " Fichiers secrets dignes de Big Brother, méthodes de travail quasi soviétiques, zèle inégalé, décisions arbitraires... ", égrène Vincent Nouzille. Le tout en totale impunité - ou presque - et dans le secret.
C'est cette forteresse, " au pont-levis très haut ", que les deux journalistes Eric Merlen et Frédéric Ploquin décrivent également avec minutie... comme pour un rapport d'inspection. Qu'ils concernent des entreprises ou de simples particuliers, les exemples de harcèlement fleurissent et sont consternants. Tel ce contribuable, faussement cynique, qui conseille à son inspecteur de faire vite s'il veut le redresser, son cancer du foie lui laissant peu de temps à vivre.
Les auteurs ne se contentent pas de raconter ces histoires. Les deux livres plongent chacun à sa manière - celui de Nouzille, insolent et provocateur, celui de Merlen et Ploquin, incisif et froid - dans les arcanes du fisc. On y découvre aussi bien la célèbre " brigade des stars ", la Direction nationale des vérifications de situations fiscales rue Ampère à Paris, que celle des beaux quartiers, les directives reçues par les contrôleurs ou encore l'obsession de " faire des cartons " (pour gonfler les statistiques). Jamais le proverbe " Pour vivre heureux, vivons cachés " n'a paru aussi salutaire. --Hedwige Chevrillon--
La Vie Financière
Contribuables, accrochez vos ceintures ! Ce voyage au coeur de l'administration fiscale va vous secouer. Et vous donner des sueurs froides. Près de quatre cents témoins ont été interrogés par les auteurs. Du simple contrôleur au ministre en exercice, du modeste exécutant au " cow-boy " de la traque fiscale. Impossible d'échapper au plus puissant service de renseignement de France, " le plus ramifié, avec ses limiers et ses indics, ses institutions et ses obsessions ".
L'ouvrage est structuré en trois grandes parties : un véritable voyage au centre de la machine mise au point par les techniciens de Bercy pour détecter les fraudeurs ; les méthodes qu'ils emploient avec les contribuables célèbres, les plus riches, les mieux protégés mais aussi avec les anonymes ; enfin, une troisième partie révèle les services secrets du fisc, " une police économique dotée de pouvoirs et de moyens exceptionnels, chargée de collecter et d'exploiter des informations de toute sorte sur les contribuables ".
Petite consolation : les auteurs soulignent que les contribuables ne sont pas seuls face au rouleau compresseur de l'administration. " Des juges, des associations, des avocats déminent le terrain. " Cette gigantesque machine à faire rentrer l'argent dans les caisses de l'Etat sert-elle vraiment à quelque chose ? Les auteurs se le demandent : " Une fois consentis tous les rabais et conclus toutes sortes d'arrangements, combien de milliards de francs fait--on vraiment entrer dans les caisses ? " --Gérard Négréanu--