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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Hors de l'Empire et soustrait à ses normes et dispositifs,
Par Krik "Last night a DJ saved my life" (Brive-la-Gaillarde, Corrèze, France) - Voir tous mes commentaires (TOP 500 COMMENTATEURS)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Contributions à la guerre en cours (Broché)
Ce livre contient la réédition de trois textes indépendants parus dans la revue Tiqqun n°2 en 2001 : "Introduction à la guerre civile", "« Une métaphysique critique pourrait naître comme science des dispositifs »" et "Comment faire ?".----- Le premier texte constitue une réflexion sur l'individu, l'Empire et la norme. Les auteurs s'inscrivent dans une démarche anarchiste, autonomiste et insurrectionnelle (dans l'esprit du Collectif invisible plus connu), voire antidémocratique (p. 63) car l'État, en visant l'uniformisation, lutte contre la constitution de ce que les auteurs nomment des communes, c'est-à-dire des regroupements autonomes d'individus par affinités. Ils considèrent donc qu'existe une guerre civile entre l'État et les « corps » libres, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas devenus des Blooms, ces êtres qui se manifestent (si l'on peut dire) par « un singulier goût pour l'absence » au monde (p. 15). La création de communes distinctes d'autres par leur caractère politique propre ruinerait la société, ou ce qu'il en reste. (p. 63) Pour éviter cette propagation, l'État atténue coûte que coûte la liberté des individus, par le Biopouvoir et le Spectacle. « L'État moderne se conçoit donc comme une partie de la société qui ne fait pas partie de la société, et qui pour cela même est en mesure de la représenter. » (p. 62) Il réduit la société à son plus petit dénominateur commun, donc à une médiocrité qui étouffe les individualités. « L'idée démocratique [...] ne professe rien que l'équivalence absolue de toutes les formes-de-vie ». (p. 63) Pour la définition des formes-de-vie : « Chaque corps est affecté par sa forme-de-vie », laquelle constitue « sa polarisation intime ». (p. 14) « Assumer sa forme-de-vie, cela veut dire être fidèle à ses penchants plus qu'à ses prédicats. » (p. 17) Les auteurs distinguent l'État moderne et l'Empire, et leurs règles et moyens corollaires respectifs : la Loi (verticale) et l'Institution pour l'un, et les normes (horizontales) et les dispositifs (objets du deuxième texte) pour l'autre. La norme est pour ainsi dire non-dite, donc sournoise. Les auteurs remettent en cause l'envahissement par la norme, « un régime d'intégration sans limite qui travaille à contenir les formes-de-vie dans un jeu de basse intensité. Une insaisissable instance y règne qui dissout, digère, absorbe et désactive a priori toute altérité. » (p. 69) « L'Empire ne survient pas au terme d'un processus ascendant de civilisation, comme son couronnement, mais au terme d'un processus involutif de désagrégation, comme ce qui doit le freiner et si possible le figer. [...] L'Empire s'appréhende comme le dernier rempart contre l'irruption du chaos, et agit dans cette perspective minimale. [...] L'Empire est [...] l'ultime arrêt de la civilisation avant son terminus. » (p. 66) Ainsi, pour éviter le chaos, le Biopouvoir ne prétend pas « régir directement des hommes ou des choses, mais plutôt des possibilités et des conditions de possibilité. » (p. 67) L'Empire a réussi l'exploit d'« avoir pour esclaves des hommes libres » (p. 88), des Blooms, régis par la norme insidieuse. ----- « Avoir l'esprit libre plus qu'être un esprit libre : voilà ce qu'exige le Bloom avide de bloomification. Avoir l'esprit libre, c'est-à-dire : le dispositif prend en charge ceux qui s'y soumettent. » (p. 123) Cette citation est extraite du deuxième texte. Celui-ci poursuit le travail de réflexion entrepris dans "Théorie du Bloom" ; où il est donc question de présence/absence au monde, et surtout ici de ce que les auteurs nomment les dispositifs impériaux favorisant cette absence et donc la domination de l'être par l'Empire. Ce texte « constitue l'acte fondateur de la S.A.S.C., la Société pour l'Avancement de la Science Criminelle. La S.A.S.C. est une association à but non lucratif dont la vocation est de recueillir anonymement, classer et diffuser tous les savoirs-pouvoirs utiles aux machines de guerre anti-impériales. » Autrement dit les savoirs sur les dispositifs qui constituent des pouvoirs, en opposition au bricoleur qui « accumule [...] tous les savoirs sur des dispositifs qui ne sont pas des pouvoirs. » (p. 141) Ce que les auteurs nomment la science des dispositifs, ou la métaphysique critique. La S.A.S.C. doit favoriser le passage de l'expérience personnelle au complot. ----- Le troisième texte, bref, constitue un supplément à la parution italienne en 2001. Il s'intitule « Comment faire ? ». Après avoir nié l'existence même de société et de citoyen, les auteurs distinguent d'abord le "quoi faire" du "comment faire". Ensuite, après avoir critiqué le militantisme, et notamment les contre-sommets altermondialistes, ils poursuivent ainsi : « On ne conteste pas l'Empire sur sa gestion. On ne critique pas l'Empire. On s'oppose à ses forces. Là où l'on est. » Car la critique, comme une réaction prévisible, s'inscrit dans le dispositif lui-même. « Il n'y a pas de projet global alternatif au projet global de l'Empire. Car il n'y a pas de projet global de l'Empire. Il y a une gestion impériale. Toute gestion est mauvaise. » (p184) « Sa perfection n'est pas d'être global, mais d'être globalement local. [...] On ne s'oppose à l'ordre global que localement. Par l'extension des zones d'ombre sur les cartes de l'Empire. Par leur mise en contact progressive. Souterraine. » « Qui cherche dans l'Empire un adversaire auquel se mesurer trouvera l'anéantissement préventif. Être perçu, désormais, c'est être vaincu. » (p. 185) Et finalement le propos de "L'insurrection qui vient" (postérieur) s'éclaircit un peu. En complément, la lecture du troisième texte ("L'hypothèse cybernétique", également paru dans Tiqqun n°2) de "Tout a failli, vive le communisme !" peut-être utile. ----- Et cette dernière partie est la plus claire, la plus facile à lire et à comprendre, ce qui n'est malheureusement pas le point fort des auteurs de Tiqqun. Découle de cette difficulté de lecture une moindre compréhension de ce que signifient les auteurs, même si ce que l'on en comprend est intellectuellement stimulant et politiquement intéressant. Ils souhaitent pourtant à l'évidence que leurs idées se propagent. Aussi peut-être devraient-ils considérer que tout un chacun n'est pas philosophe. Enfin, si j'ai bien compris le vocable et la logique de cette mouvance, l'insurrection qui vient est la suite et conséquence de la guerre en cours. (Krik, amazon.fr, 24/11/11) Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
le titre parle de lui-même,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Contributions à la guerre en cours (Broché)
malgré quelques poncifs qui traînent par ci par là, ce livre (et Tiqqun en général) fait du bien. Ça change de l'actuelle et ennuyeuse pensée pontifiante d'aujourd'hui. En France, on ne fait pas de réformes, mais des révolutions.
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