Groupe à géométrie variable et orientations musicales éclectiques, Archive est une valeur sûre de la scène anglaise depuis leur premier et inoubliable album,
Londinium (1996). Ils ont réussi à créer, et, mieux encore, imposer ce que l’on pourrait appeler la griffe d’Archive, dissimulée dans un gant de velours… Ce, malgré quelques hauts et beaucoup de bas dus à leur instabilité notable. Et en particulier du point de vue du chant, successivement tenu par Roya Arab (qui a placé la barre très haut, malheureusement pour les suivants), Suzanne Wooder, Craig Walker, Pollard Berrier, Dave Pen...
Sur ce nouvel album, Darius Keeler et Danny Griffiths, les deux piliers du groupe, ont décidé de confirmer ce qu’ils avaient en tête depuis déjà un certain temps : faire tout simplement appel à plusieurs chanteurs. Ainsi, chaque morceau de
Controlling Crowds bénéficie de la meilleure voix qui pourrait lui incomber. Maria Q fait s’envoler
« Whore », Pollard Berrier (désormais membre de Bauchklang) habite le premier
single «
Bullets » tandis que Dave Pen (membre d’une des bonnes nouvelles du début 2009, BirPen) nous transporte avec
« Words on Signs ». Se fait également remarquer un retour en force du rappeur Rosko John (
« Quiet Time »), déjà présent sur
Londinium.
Comme tout bon album d’Archive,
Controlling Crowds est quelque peu insaisissable. Scindé en trois chapitres, voguant sur les courants du rock progressif, du hip-hop, du néo trip-hop et de la pop psychédélique, le disque aspire immédiatement son auditeur dans une spirale des plus mélodiques. En effet, Keeler et Griffiths se sont toujours réclamés de l’influence de Pink Floyd, comme le prouve déjà un
You Look All The Same to Me (2002) sous l’influence du mythique groupe de Cambridge.
La preuve en est avec leur goût inépuisé pour les longs morceaux envoûtants comme l’est
« Dangervisit », et ce dès que résonnent les sonorités hypnotiques du titre d’ouverture,
« Controlling Crowds ». Mais les rythmes urbains chers à Archive sont également toujours présents (
«Quiet Time »), épargnant de l’inaccessibilité l’ensemble de ce disque complexe et torturé.
Le thème ici est bien celui de ce « contrôle des foules », de notre société devenue, selon les propres termes de Keeler et Griffiths, « déconnectée avec elle-même, centrée sur elle-même et méprisante pour l’environnement ». Le somptueux
« Funeral » clôt, en toute grandiloquence assumée, ce récit sombre et lucide de nos temps modernes, de nos amours impossibles et notre fatuité humaine. Mais il est impossible d’être réellement triste à l’écoute d’un Archive, tant le groupe impose le meilleur équilibre musical à sa mélancolie.
Archive porte bien son nom. C’est en archivant toutes leurs références (parfaitement digérées) que Keeler et Griffiths ont inventé le son bien particulier propre à Archive, un son à la fois cristallin et saturé, rock et trip-hop, se jouant des limites expressives de l’orchestration.
Controlling Crowds le prouve une fois encore. Et, une fois encore, le charme agit.
Sophie Rosemont - Copyright 2012 Music Story