Sorti en 1981, Controversy est le trait d'union entre Dirty Mind, le premier grand disque de Prince, et 1999, son premier véritable, et peut-être plus grand, chef-d'oeuvre. Logiquement, on y retrouve les bases de Dirty Mind, avec une écriture encore en progrès, et un son affiné et diversifié, même s'il n'a pas encore la densité ni la richesse de 1999. C'est à dire que certains synthés et batteries ont encore un goût de plastique dont on peut ne pas raffoler. Mais une chanson comme Annie Christian témoigne d'une aptitude à sortir d'un univers strictement funk et à créer des ambiances et des textures originales. Pour le reste, Prince enfonce le clou avec la ballade obscène Do Me, Baby et les délicatement intitulés Private Joy et Jack U Off (pour ceux qui n'auraient pas compris la première fois). Il se voit en hérosexistentiel, un "homme sans qualités" autre que celle de créer la "controverse" par l'absence de réponse aux questions qu'il suscite : suis-je ceci ou cela, noir ou blanc, homo ou hétéro... ? A côté de ce modernisme, Prince peut néanmoins donner dans le naturalisme édifiant d'une religiosité conventionnelle (le patenôtre récité en entier sur Controversy) ou d'une conscience sociale finalement très PC (pour politiquement correcte, Ronnie Talk to Russia) y compris à l'aube de l'ère Reagan. Malgré tout, ce disque est une étape essentielle dans le parcours de Prince et un des rares disques qui restent d'une époque assez désolante.