Un chef d'oeuvre que ce court texte de 1941 d'Elio Vittorini (1908-1966). Le héros, typographe dans le Nord, est en proie à des " fureurs abstraites ", qui paraissent résulter - sans que cela soit trop explicite, tout le texte évolue dans un paysage de brouillard - de son dégoût du facisme et de la guerre. Apathique et privé d'espérance, il se décide sur un coup de tête à rentrer en Sicile voir sa mère qui vient d'être abandonné par son père. Il aura, là-bas, l'occasion de méditer sur la vanité des choses humaines.
Difficile d'expliquer le charme de ce roman envoûtant, qui a ses aspects mémoriels proustiens (la madeleine qui est ici un hareng), navigue entre naturalisme et onirisme et porte tout le malheur du genre humain, de la pauvreté et de la maladie (données intemporelles de la Sicile) jusqu'à l'arbitraire et l'hypocrisie (données conjoncturelles du fascisme). On a rarement aussi bien peint les paysages hivernaux de la Sicile.