Cet opéra est totalement atypique, original, il surprend au premier abord, puis on se laisse conquérir. Pour une fois le Blue-Ray se justifie, car il met pleinement en valeur la richesse des couleurs, des costumes et des lumières de la superbe mise en scène assez spectaculaire du Châtelet, où l’influence japonaise est bien perceptible. Le décor est réduit au minimum, ce sont véritablement les acteurs dans leurs costumes et les jeux de lumière qui fixent l’attention.
Le scénario est inspiré d’un conte populaire russe, dont Pouchkine, bien présent dans les opéras russes, a publié un poème satirique et qui a servi de base à Rimski-Korsakov pour sa dernière oeuvre. On a affaire à une légende très corrosive, burlesque par moments, et même dérangeante, notamment par la caricature du tsar, borné et idiot.
L’orchestration est somptueuse, pleine de couleurs elle aussi, notamment par l’apport de thèmes orientaux, arabes ou exotiques. Cette musique a par moments un côté extravagant et préfigure Stravinski. Des instruments solistes sont dédiés à certains personnages : la trompette au coq, la clarinette à la reine, etc.
La distribution est dominée par 2 personnages : le roi Dodon magnifiquement interprété par une belle basse russe, Albert Schagidullin que nous avions déjà remarqué dans le Roberto Devereux de Munich où il donne la réplique à E. Gruberova. Cela montre son éclectisme. Et puis la reine Shemakha où la soprano colorature doit faire face à des airs extrêmement difficiles, mais très beaux comme l’Hymne au Soleil, elle montre certaines limites dans l’aigu qui paraissent à certains moments gênantes, ainsi que dans les vocalises, c’est ce qui me fait retirer une étoile. Ce n’est cependant pas rédhibitoire. Quant au Coq, il doit avoir une voix métallique puisqu’il est en or, c’est le cas de la soprano qui l’interprète, sa part dans le déroulement de l’action est petite. Le restant de la troupe est excellent et je n’aurai garde d’oublier la qualité de la chorégraphie et des danseurs.
Alors si vous avez envie de sortir des sentiers battus de l’opéra, d’approfondir votre découverte des opéras russes, reflets d’une grande civilisation, souvent méconnus en dehors de 2 ou 3 donnés en occident par les théâtres, ce Coq d’Or méritera votre attention.