Rares sont les livres qui osent aborder le problème de la composition du Coran en sortant des sentiers battus de la légendologie de la tradition islamique. Ce livre de Mondher Sfar le fait, et fort bien, de façon méthodique, historique, rigoureuse, et sans aucune agressivité vis à vis de l'islam comme religion.
L'étude montre de façon très convaincante que le Coran est une oeuvre "scribale", dans la mesure où sa mise en forme à partir de feuillets récitatifs ou liturgiques épars s'est faite sur un temps relativement long, bien après la mort de Muhammad, et sous la pression d'interets politiques ou, par des scribes formés à ce travail. On aboutit finalement à une compilation riche mais désordonnée, qui constitue un écrit théologique, liturgique et juridique, que les autorités de l'empire musulman naissant ont transformé en in instrument intangible pour asseoir leur pouvoir, leur emprise...
Le problème n'est pas là: la Bible aussi est une "bibliothèque" disparate, écrite et remaniée au long des siècles et cela n'ote rien à sa valeur, ni littéraire ni religieuse. Le problème avec le Coran est que la Tradition musulmane a figé ce texte, l'a emprisonné dans une muraille qui interdit toute interprétation, toute recherche historique, le confinant -notamment par la sunna- à une vision dogmatique et légendaire. Ce blocage des docteurs de la religion musulmane non seulement essaie de cacher la vérité sur l'histoire du Coran et des déburs de l'islam, mais finalement appauvrit le message dans son ensemble et occulte des réalités qui, si elles sont expliquées et comprises, pourraient meme rapprocher les religions, en actant les emprunts et parentés qui existent.
N'est-il pas dommage que finalement, à cause de cette censure, le grand public et notamment la plupart des musulmans ne connaissent pas vraiment le Coran, en dehors des clichés mythiques qui se substituent à la vérité historique? Ce livre, précis et rigoureux, oeuvre à éclairer le débat. Un apport précieux.