De Belmondo l'on cite souvent deux sortes de films : les films grands-publics, comme "Flic ou Voyou", "L'Incorrigible", "Le Guignolo" ou "Les Tribulations d'un Chinois en Chine", que tout le monde connaît et que l'on ne se lasse pas de revoir tant voir virevolter Belmondo à l'écran est un plaisir, et les films plus "intellectuels" comme "A bout de souffle" ou "Pierrot le Fou", que tout le monde cite mais que de nos jours presque personne n'a vu. Entre ces deux catégories, il ne faut pas oublier les nombreuses collaborations Belmondo/Verneuil, comme "Week-en à Zuydcoote", "Peur sur la ville" et donc celui qui nous intéresse ici "Le corps de mon ennemi".
Sorti en 1976, il est le résultat d'une alchimie on ne peut plus réussie entre différents ingrédients :
1/ un Jean-Paul Belmondo en pleine possession de son art, tout à la fois brillant dans le jeu et dans la retenue (mais oui, Belmondo ce n'est pas seulement que du "Tac Tac Badaboum".
2/ un scénario élaboré sans être complexe, basé sur le roman éponyme, sorti quelques mois seulement auparavant de Félicien Marceau. Félicien Marceau, cet écrivain de droite proche des royalistes, qui est certainement avec Simenon, l'un des plus remarquables auteurs francophones "accessibles à tout public" du XXe siècle.
3/ des dialogues de Michel Audiard, qui contribuent à la "fluidité" d'un film au sujet a priori aride (à strictement parler, et bien que ce soit réducteur de ne s'en tenir qu'à cela, il s'agit tout de même de l'histoire d'une vengeance).
4/ une réalisation d'Henri Verneuil, qui accorde une très grande place aux seconds rôles, donnant à ce film, véritable galerie de portraits, le caractère d'analyse sociologique, sans pour autant le rendre ennuyeux (sans rien dévoiler de l'histoire, d'autant que cela n'a qu'un rapport très éloigné avec l'intrigue principale, sachez par exemple que vous ne verrez plus jamais une équipe de football de premier rang de la même manière après avoir vu ce film). Une réalisation qui jongle brillamment avec les flash-back, les silences et les voix-off, sans jamais briser le rythme narratif.
Bref, ce film allie le récit d'un film grand-public avec l'intelligence d'un film de réflexion. On ne s'ennuie pas un seul instant, certaines scènes sont même émouvantes, et au final, on en ressort plus intelligent. Que demander de plus.