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5.0 étoiles sur 5
Reste-t-il encore de l'insubstituable ?, 11 août 2010
L'essai de Sylviane Agacinski est brillant. Il mériterait 6 étoiles !
Extrêmement bien écrit, très accessible, il est sans conteste destiné au plus grand nombre. Dans cet ouvrage à la fois synthétique et complet, l'auteur tente en 134 pages d'étudier d'un point de vue philosophique la pratique de la gestation pour autrui, autrement dit des "mères porteuses". C'est l'occasion pour elle d'aborder les concepts de liberté individuelle, de servitude, du don, de la marchandisation grandissante de tout, y compris du corps humain, de la dignité humaine, du droit comme force civilisatrice, de la toute puissance de la médecine qui tend de plus en plus à faire de l'homme et du corps humain un simple objet (cf. aussi sur ce dernier point abordé sous un autre angle l'excellent ouvrage
L'Oeil absolu).
En fait, son analyse dépasse la question d'origine de la gestation pour autrui, et c'est aussi ce qui fait son intérêt. Les questions qu'elle pose ont une portée plus large sur la vision du monde et de l'homme. " Comment est-il possible que nos esprits aient été à ce point soumis à l'emprise du marché que nous puissions trouver normal que tout devienne l'objet d'un échange marchand, même un enfant ?"
"nous semblons accepter de ne plus voir dans l'être humain qu'un producteur (qui travaille ou qui vend) et un consommateur (qui achète), et finalement un produit échangeable."
Sans nier l'utilité thérapeutique de la procréation médicalement assistée dans certains cas, elle met en garde contre la pression qui s'exerce aujourd'hui pour permettre la gestation pour autrui qui, comme elle le montre très bien, est en réalité d'un autre registre et a des implications profondes graves puisque ce n'est en réalité qu'une "forme inédite d'aliénation biologique". Avec habileté, elle met en lumière toutes les mystifications verbales autour du don et de l'aide thérapeutique qui abondent pour justifier cette possibilité, alors que cela cache en réalité une aliénation puissante. D'abord parce que "l'usage d'une personne n'est pas une médication possible [...] le corps d'une femme n'est pas à louer et un bébé ne peut être ni donné ni vendu." Ensuite, parce que légaliser cette pratique reviendrait à la banaliser (cf. ce qui se passe déjà aux Etats-Unis où des femmes y ont recours par confort - article du monde août 2010), et nous enfoncerait un peu plus dans une nouvelle barbarie.
"Si on voulait vraiment considérer la maternité pour autrui comme une espèce de don, on devrait reconnaître que ce qui est donné est un enfant. [...] l'intérêt de l'enfant ne pèse pas lourd dans la balance : le problème est promptement expédié grâce à l'argument, imparable, du désir. [...] L'enfant porté "pour autrui" est inévitablement perçu comme un être échangeable. [...] On tente de moraliser cette exploitation biologique en donnant au commerce des cellules la couleur chaude de la charité, un peu comme on s'efforce "d'esthétiser" la prostitution et de la rendre "romanesque". Il s'agit partout d'enfouir la logique implacable du marché sous la générosité du don."
La société à travers ses lois doit savoir protéger les individus contre eux-mêmes pour tenter de freiner l'inhumanité. Il est aisé de voir que le don n'en est pas vraiment un puisqu'il y a toujours des "dédommagements" qui peuvent aller jusqu'à 40 000 dollars et même plus dans certaines cliniques américaines (!) et que c'est la misère ou la cupidité qui le plus souvent amènent les femmes à se prêter à cet échange sinistre.
"Les trois petites lettres GPA sont sans doute rassurantes, mais elles constituent une mystification et maquillent une forme inédite de servitude et d'abaissement des femmes." Peut-on en toute conscience favoriser cela ? C'est une des questions que Sylviane Agacinski nous pose.
A noter aussi : la très belle édition de la collection Café Voltaire (Flammarion) qui participe au plaisir de lecture.
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3 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
requiqitoire contre la gestation pour autrui, 23 mai 2009
Ardent plaidoyer contre les mères porteuses , bien documenté, mais je regrette qu'il ne laisse pas beaucoup la place à ceux qui sont pour et dont la souffrance est réelle même si le moyen employé est inadmissible. En un mot le livre est plus un réquisitoire qu'une analyse des fondements du problème autres que mercantiles
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