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Édouard Vuillard et Pierre Bonnard se rencontrent en 1889-1890. Ils sont alors deux jeunes artistes fascinés par le post-impressionnisme naissant et particulièrement par l'œuvre picturale de Gauguin. Tous deux ne vont pas tarder à devenir les piliers du mouvement nabis ("prophètes" en hébreu), mouvement pictural qui illuminera la création française jusqu'au début du cubisme. Vuillard et Bonnard vont immédiatement se trouver des affinités esthétiques et spirituelles. De cette rencontre naît une correspondance féconde qui s'éteindra à la mort de Vuillard en 1940. Publiée pour la première fois, cette correspondance inédite est sobrement présentée. Pourvue d'un ensemble de notes d'une grande clarté, elle nous permet de mieux comprendre certaines des querelles esthétiques mais aussi financières qui animaient le monde de la peinture au début du siècle. Loin d'être une sorte manifeste pictural, cet ensemble de lettres vaut surtout pour les mille petits détails qui nous éclairent sur la vie artistique à Paris jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale.
--Damien Sausset
Présentation de l'éditeur
Dès 1891, Pierre Bonnard et Édouard Vuillard commencent à s'écrire, peu après leur rencontre dans les ateliers de l'académie Julian et de l'École des beaux-arts. Ce sont d'abord les lettres de jeunes artistes heureux de partager leurs découvertes, s'informant de tout, se renseignant sur tout, métier, amis, expositions. Puis, au fil des ans, les lettres et les cartes échangées entre Bonnard l'itinérant, souvent éloigné de Paris, et Vuillard le sédentaire deviennent surtout les petites bornes d'une affection indéfectible, dont elles jalonnent le cours. La rencontre de Bonnard et de Vuillard s'est faite au sein d'un groupe d'artistes débutants, élèves des mêmes écoles, avec qui ils restent très unis, Paul Sérusier, Maurice Denis, Ker-Xavier Roussel, Paul Ranson, René Piot, Henri Gabriel Ibels. Leur admiration va à l'oeuvre de Gauguin, dont ils se sont proclamés, sous l'égide de Sérusier, les « nabis », c'est-à-dire, en hébreu, les prophètes.
Bonnard et Vuillard se découvrent la même indépendance dans la réflexion personnelle, la même sincérité. Ils vénèrent Mallarmé, dont ils ont compris l'aristocratique visée supérieure. Leur intelligence s'accompagne d'une même pudeur. De là cet incomparable respect qu'ils ont l'un pour l'autre dans ce qu'ils savent ou devinent l'un de l'autre.
La vie de Vuillard s'achève en juin 1940. Du Cannet, Bonnard écrit simplement à Roussel, leur plus ancien et plus proche ami commun : « Comme cette mort de Vuillard a resserré les liens qui nous unissaient tous, ses vieux camarades. Éloigné comme je suis, je crois par moments que ce n'est pas vrai et que je vais revoir son sourire dans sa barbe blanche... »