Correspondant 17 (1940) est le 25è film d'Hitchcock et le second tourné aux États-Unis.
C'est un film d'espionnage brillant, aux multiples rebondissements, tourné dans un but de propagande antinazie mais qui a très bien vieilli grâce aux talents du cinéaste et des acteurs. Il mêle avec brio humour et suspens. L'efficacité de certaines scènes est remarquable :
- le faux assassinat du diplomate : assez courte, cette scène se déroulant sur des escaliers est une merveille visuelle avec les parapluies noirs luisants cachant le meurtrier
- les moulins à vent, ma scène préférée, d'un grand suspens : en partie muette, la caméra virtuose suit en mouvements de ballet les plongées/contre-plongées, entrées/sorties, montées/descentes du héros à l'intérieur du moulin, véritable ventre où grondent sourdement les roues dentelées en perpétuel mouvement métaphorique d'une nation en train de se faire broyer de l'intérieur par les espions allemands; les profondeurs de champ, les poutres, les zones d'ombres et de lumières, les escaliers, la poussière, tout fait penser à l'influence de l'expressionnisme allemand qui marqua Hitchcock dans sa jeunesse
- l'échappée sur les toits de l'hôtel : le héros fait sauter par mégarde des néons de l'enseigne de l'Hôtel Europe qui devient alors Hot... Europe ! La scène de suspens se transforme ensuite en scène de théâtre de boulevard où notre héros se retrouve en robe de chambre et supports-chaussettes dans la salle de bain de l'héroïne où celle-ci venait d'envoyer l'amie de son père : quiproquo digne de Feydeau !
- la tentative d'assassinat à l'église : où la notion de vertige rappelle furieusement la scène de l'église de Sueurs Froides et où l'on est aussi trompé sur la victime de la chute
- la scène de l'avion : prouesse technique pour l'époque d'un grand réalisme
Le thème de l'oiseau ne rappelle pas le chaos, comme dans tous les autres films de Hitchcock : ici, c'est le symbole de la paix, des gens simples, de la liberté et de l'innocence. Comme animal par contre, l'immense chien de l'élégant espion allemand est bien inquiétant...
L'humour est distillé à petites doses mais bien présent : par exemple le papy hollandais qui sort de chez lui avec un petit broc et qui tente de traverser la rue au moment de la folle poursuite en automobiles : dépité plusieurs fois, il finit par rentrer chez lui !; le jeu avec les chapeaux, plusieurs fois volés ou envolés; le diplomate letton avec sa face de lune et ses yeux ronds tournant dans ses orbites; l'homme en kilt...
Le thème très hitchcockien du voyage de forme cyclique (on retourne d'où l'on vient) subi par le héros et qui lui permet de faire un voyage intérieur n'étonnera personne; l'histoire d'amour entre le héros et la fille du traître parait maintenant un peu démodée mais elle est le point faible de celui-ci qui, finalement, se sacrifie (ou se suicide?) pour sauver les naufragés (ou échapper à la justice).
Hitch apparaît à 10' : il tient un journal qu'il déplie en croisant dans la rue le héros.