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Corse, la fantastique
 
 
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Corse, la fantastique [Broché]

Ina Schimpf , André Restau


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L'auteur vu par l'éditeur

Ina Schimpf, née en 1964 à Hofheim/Frankfurt. Etudes linguistiques et littéraires. Après une activité de plusieurs années en tant que libraire, écrivain depuis 1998. En 2000, paraît son premier livre, La FEMME en tant que compagne de la naissance à la mort aux éditions Ponte Novu. André Restau, né le 18.02.1960 à Willich. Etudes d'agronomie et d'horticulture. Après des années en tant que maître-Reiki, thérapeute shiatsu et maître de séminaire, il exerce également depuis 1996 en tant qu'écrivain. Vit et travaille en Corse

Excerpted from Corse, la fantastique by Ina Schimpf, André Restau, Marie-Cécile Ravoux. Copyright © 2002. Reprinted by permission. All rights reserved.

Une nuit, alors que la pleine lune se tenait haute dans le ciel et que les rochers et écueils des Calanche baignaient dans une lumière fantomatique, un courageux berger, que les histoires de fantômes des habitants de Porto n'avaient pas pu effrayer, continuait de randonner en direction de Piana. Il voulait arriver à son but aussi rapidement que possible car sa femme devait accoucher. Il voulait l'assister et être le premier à embrasser l'enfant. Un marchand ambulant lui avait apporté la nouvelle et avait pour cela obtenu un mouton en remerciement. Le souci qu'il se faisait pour sa femme faisait bénéficier le berger durant cette nuit de la bonne vue pour raccourcir la durée du retour chez soi. Il était couvert de sa pelone, manteau à capuche tissé en laine de chèvre, il avait rabattu la capuche loin sur le visage et avait avec lui son sac à dos et son bâton. Rapidement, il emprunta le sentier muletier. Cela devait bien être quatre heures après le coucher du soleil qu'il vit quelqu'un venir à sa rencontre. De loin déjà, il vit une silhouette aller entre les rochers et venir à lui dans le virage, en suivant le sentier qui se déroulait. Le berger se demanda qui à part lui était encore sur la route ici, car les autochtones évitaient cette région la nuit. Il tint son bâton plus fermement dans la main et pensa à sa femme. L'étranger disparut de sa vue et il se sentit soulagé pour un moment. Il prit un tournant et vit devant lui une sorte de porte sans charpente, car le chemin passait en plein entre deux gros rochers. Il venait de se rapprocher à dix pas de la grande porte quand il put y voir l'étranger, ombre la plus noire dans le contrejour. C'était également un berger, en tout cas d'après sa silhouette, car il portait une cape et un bâton. Il resta là debout et attendit. Le berger continua à s'avancer vers lui et le salua aimablement. Il n'obtint pas de réponse. Alors qu'ils n'étaient encore éloignés l'un de l'autre que de deux mètres, l'ombre noire leva sa tête et le regarda. Le berger crût ne pas en croire ses yeux et le sang faillit se coaguler dans ses veines. Nul sourire et nulle expression amicale. Deux yeux ardents le fixaient et il entendit une voix très profonde, sombre et tonitruante. « Je t'ai attendu ». Des perles de sueur coulaient sur le front du berger. Sous sa cape, il brûlait de chaud. Si seulement il avait écouté les avertissements des autochtones ! En quoi cela servirait-il à sa femme s'il n'arrivait jamais à la maison ? Il pria en silence tous les saints qu'il connaissait et leur demanda de le protéger. Cela faisant, il entendit un bruit menaçant qui devait bien être un rire. Le sol se mit alors à trembler sous ses pieds et les rochers lui renvoyèrent au centuple le rire lugubre. Le berger se mit les mains sur les oreilles pour faire cesser le bruit effrayant. L'autre, qui se tenait à la porte, baissa alors sa capuche. Puis il se tourna un peu sur le côté, de sorte que la pleine lune éclaira son visage. L'épouvante saisit le berger. Ce qu'il venait de voir était pourtant juste. Il se tenait là devant lui. En chair et en os ! Lui-même. Il se vit se tenir devant lui, il n'avait qu'un sombre rayonnement. Quelque chose de méchant et de perfide émanait de lui. « Tu ne peux pas passer ici ! C'est ton tour cette nuit. De tout temps, un vivant doit batailler pour les esprits. C'est la loi. Le souverain de l'outre-monde doit permettre que quelqu'un qui ne se doute de rien ouvre la grande porte pour l'ascension aux esprits qui veulent s'en aller ! » « Oui, mais je n'ai vraiment pas de temps. Je vous prie de m'épargner. Ma femme attend un enfant. Je ne vous aurais pas non plus dérangé cette nuit si cela n'avait pas été si urgent de passer par ici ». Alors qu'il disait cela, il avait les genoux qui flageolaient sous sa cape. « J'ai également entendu à l'auberge que, la nuit prochaine, trois étrangers veulent passer par ici. Prenez donc ceux-là, car vous aurez alors davantage de choix. Ou alors vous et les esprits attendez jusqu'à la naissance. Je reviendrai ensuite et nous pourrons à nouveau parler de tout ». « Ah ah ah ! », lui gronda en retour ce qui devait être un rire. « Penses-tu que je ne sais pas que tu me mens ? Quand tu me mens, c'est comme si tu me faisais un immense cadeau. Je me sens alors réellement bien. Nous pouvons faire un marché, seulement ne crois pas que tu pourrais me tromper comme l'un de tes compagnons de beuverie du bistrot ». « Quel marché ? » « Je te laisse aller ». « Merci, très bien, c'est exactement ce que j'ai voulu proposer. Tu vois, il n'y a ainsi pas de difficultés ni de contrariétés, car j'ai un bâton très puissant, je ne me serais pas aussi facilement laissé retenir ici ». L'ombre rit à nouveau de son rire antipathique et un feu rouge sortit de ses yeux. Il leva son bâton en l'air et cria un son indéfinissable. Il y eut tout à coup du mouvement. Les rochers immobiles semblèrent devenir vivants. Tonitruants, des rires lui revinrent en écho. Le berger regarda autour de lui; l'épouvante était écrite sur son visage. Il y avait là des silhouettes qu'il n'avait auparavant encore jamais vu en plein jour. Elles avaient des cornes et des griffes, des gueules qui ressemblaient à d'énormes becs ou qui étaient pleines de dents féroces. ... pages 12-15

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