Cet album de Flying Lotus (Steven Ellison) se situe à la confluence de nombreux artistes et styles qui ont marqué le fameux label Warp (et plus largement l'électro) durant les années 90. Au croisement de l'abstract hip-hop (Prefuse 73), de l'IDM, de l'électronica, de la drum'n bass (Squarepusher), de l'ambient ou des paysages poétiques et oniriques de Boards of Canada. À cela se mêlent free jazz, dubstep, un brin de soul, des cordes évoquant des musiques de films ou le meilleur de Craig Armstrong, et même quelques échos de musiques sud-américaines.
Cela fait beaucoup me direz-vous : une potentielle usine à gaz ou le risque d'un pudding indigeste ! Pourtant, non. Bien que l'album soit dense, il ressemble à un kaléidoscope lumineux, imprévisible. Et digeste. Car point de recyclage ici, mais une perpétuelle invention.
Steven Ellison a adjoint à ses machines des musiciens : outre les cordes déjà évoquées (par Miguel Atwood-Ferguson), sont notamment conviés son cousin Ravi Coltrane (
Gonjasufi) au saxo, Stephen Brune (Thundercat) à la basse, et Rebekah Raff à la harpe. Le morceau sous-titré "Auntie's Harp" (la harpe de ma tante) est d'ailleurs probablement un hommage à la propre tante de Steven Ellison, Alice Coltrane, harpiste et pianiste.
L'album est presque instrumental puisque, hormis via des samples, seulement trois morceaux accueillent des invités vocaux, et à bon escient : outre Thundercat déjà cité en tant que bassiste, Thom Yorke de Radiohead et Laura Darlington.
"Cosmogramma" constitue un ensemble unique, d'une richesse foisonnante, et presque d'un niveau égal du début à la fin. Bien que composé de dix-sept pistes, il doit s'écouter dans son intégralité ; dissocier des morceaux ne serait pas pertinent.
Cet album est si riche qu'il m'a fallu nombre d'écoutes pour l'apprécier à sa juste valeur. Et encore, y suis-je parvenu ? Je ne suis pas certain d'en "venir à bout" un jour ; j'entends par là que j'y découvrirai sans doute toujours quelque chose, il me mènera à l'écouter avec une oreille à chaque fois différente.
Autrement dit, il faut du temps pour l'appréhender, pour l'aimer ; et la première écoute peut laisser abasourdi.
Nous savons qu'au cours des années 00 le label Warp a élargi son champ d'action à des styles très éloignés de ceux qui ont fait sa réputation flatteuse (mais justifiée), pour un résultat plus ou moins convaincant. Flying Lotus poursuit dans la ligne initiale et assure à Warp un futur toujours innovant.
(Commentaire de Krik, posté sur amazon.fr le 10/09/10)