Éric Packer, un requin de la finance, va nous faire vivre une traversée post-moderne de New York dans son immense limousine blanche (et blindée) au sol recouvert de marbre de carrare, au plafond fresqué, confortablement meublée avec toutes les commodités inhérentes (toilettes, bar, etc), tapissée d'écrans d'ordinateur qui lui permettent de suivre l'évolution de ses investissements, il reçoit ses collaborateurs là, son médecin, il ne perd pas une minute, il a des gardes-du-corps, une menace de mort plane sur sa tête (un ancien employé licencié veut l'abattre afin de retrouver sa dignité), il est marié à une richissime héritière qui se dit poètesse "Elle était riche, il était riche ; elle était héritière, il s'était fait tout seul ; elle était cultivée, il était brutal ; elle était fragile, il était fort ; elle était douée, il était brillant ; elle était belle." p70, il sort parfois pour manger ou baiser, il va chez son coiffeur... c'est foisonnant, d'un style ébouriffant, on va être bloqué dans une manifestation qui trouvera son acmé dans une immolation revendicatrice de l'un de ses participants au moyen du feu, arrêté par une gigantesque techno-parade (on est en 2000) et par un enterrement haut-en-couleur d'un musicien syncrétiste adulé... (trois longues scènes complétements déjantées, apocalyptiques et totalement délirantes) Éric est mégalomane "Sa mort ne serait pas sa fin. La fin du monde, si" p12, imbu de lui-même, égoïste, injuste, inique, impitoyable, forcément solitaire, touchant en fin de compte, il roule dans son palais comme une divinité désincarnée, il doute (d'ailleurs tout au long de cette virée il va s'évertuer à se ruiner en spéculant sur le cours du yen), il philosophe (à propos des courbes de la bourse sur ses écrans "Oui, l'effet sur lui était sexuel, cunnilingual plus précisément, et il rejeta la tête en arrière en ouvrant sa bouche au ciel et à la pluie." p101, il est aventureux et sans craintes véritables... Et tout se terminera par la confrontation entre Éric et celui qui veut l'éliminer. C'est inclassable, presque surréaliste, une vraie tornade... je me suis laissé emmener.