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Commentaires client les plus utiles
8 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Le livre des livres,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cosmos (Poche)
"Il y a quelque chose dans la conscience qui en fait un piège pour elle-même", Witold Gombrowicz.Deux solutions : soit vous avez envie de décortiquer ce que peut signifier cette phrase, soit vous passez votre chemin. Si vous avez envie de continuer, alors laisser en dehors du livre tout ce que vous connaissiez. Vous entrez dans un autre univers, bienvenue dans "Cosmos". Tout de suite, je vous l'avoue, c'est mon livre de chevet, j'ai dû le lire à peu près une dizaine de fois. J'en ai lu toute l'œuvre de Gombrowicz (romans, journal, pièce de théâtre, cours de philosophie...). Je n'ai pas retrouvé l'éclat qui illumine ce livre (du début jusqu'à la fin) dans une autre de ses œuvres. Seul "la Pornographie" rivalise vraiment. Tout d'abord, il s'agit d'un livre policier. Les personnages mènent l'enquête. Les indices sont étranges. Le cheminement de pensée est troublant, les rebondissements sont multiples et toujours inattendus, la fin est brillantissime. Voilà l'ouvrage résumé en quelques mots. En dire plus, c'est vous privez du plaisir de le découvrir. Ce livre, pour l'avoir offert à quasiment toutes les personnes qui m'entourent (je dois acheter ce livre 3 fois par an environ depuis une dizaine d'années), ne fait pas l'unanimité. Pourquoi ? D'abord, il est premier dans le genre "inclassable". Les règles de la réalité sont respectées (gravitation, on ne traverse pas les murs, pas de vampire, pas d'effets spéciaux). Vous n'y trouverez pas de science fiction, pas de fantastique, pas d'heroic fantaisy: l'action se situe en Pologne au début du siècle. On s'attend donc à trouver un livre "classique", qui réalise éventuellement une critique social ou donne un témoignage historique. Pas de ça ici, on explore comment fonctionne le cerveau humain. C'est donc un livre universel, mais qui ne dévoile jamais ostensiblement ses intentions. On explore le Cosmos, d'accord, mais humblement s'il vous plaît... Ensuite, il s'agit d'un livre subjectif, c'est-à-dire qui explore la subjectivité des personnages jusqu'à la caricature. Ils ont parfois des comportements de "fous", mais pendant le déroulement du livre, on accompagne progressivement les personnages dans cette découverte du monde donc on se laisse emporter sans s'en rendre compte. Si on lit le livre en touts petits morceaux espacés dans le temps, le livre ne pourra pas plaire. Il faut se mettre dedans et le lire "rapidement" (en moins de dix jours). Il est relativement court, ce qui fait qu'en six heures maximum il doit être fini. Il faut tout accepter : certaines scènes peuvent être choquantes, pas tant par la description que par les implications psychologiques pour les personnages. Ce n'est pas un livre d'horreur, il n'y a pas vraiment un suspens (ou une peur) qui monte, même s'il y a indéniablement une forme d'intérêt qui croît tout le long du livre (du suspens en fait, mais pas au sens traditionnellement entendu). Enfin, il faut se résigner à partir en voyage dans un livre construit à l'envers, où TOUT est possible, quitte à ne pas respecter les codes traditionnels de ce qu'est un livre. C'est incroyable, mais ça marche. Ceux qui aiment les histoires linéaires du type : "intrigue - recherche d'indices - confrontation - résolution" seront probablement déçus. Gombrowicz n'a rien fait d'autres que de réinventer la roue avec ce roman, mais, bien qu'elle ne soit pas ronde, elle roule. Perplexe ? Moi aussi. C'est pourquoi je continuerai à relire ce roman. Avec plaisir. Ce n'est pas un livre pour "intello". Il n'y a pas de passage philosophique. Tout est au second degré, mais même au premier degré on trouve son compte. Il y a des passages comiques, étonnants, intriguants. Concernant une seconde partie qui serait plus molle - ou moins intéressante (je me réfère au précédent commentaire) - je ne suis absolument pas d'accord. Dans la mesure où les personnages sont à la recherche de quelque chose, ils doivent recoller des morceaux et pas un passage de ce livre ne m'apparaît pas comme essentiel. Pour clore, je dirai que ce livre est une démonstration de ce que pourrait être l'existentialisme poussé à l'extrême. Ce livre ressemble à de la folie à l'état pur, maîtrisé par Gombrowicz, ça touche le sublime. Pour ceux qui ont un goût pour l'écriture, ce livre est un modèle et ouvre des portes sur l'écriture comme aucun autre. Je n'ai jamais rencontré un livre équivalent à celui-ci. Pour faire court, lisez-le. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
11 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile
3.0 étoiles sur 5
Intelligent, intrigant, stimulant, mais...,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cosmos (Poche)
Si Witold Gombrowicz m'intriguait depuis longtemps, de par les commentaires que l'on peut lire ici ou là, c'est la lecture du Bartleby d'Enrique Vila-Matas qui m'a poussé à franchir le pas. Et dès les extraits de son journal placés par Gombrowicz en ouverture du livre, pas d'autre solution que de lâcher la serviette et plonger. On apprend que Cosmos, alors encore en gestation, sera « un roman sur la formation de la réalité » qui aura deux points de départ - et je vous les donne aussi brutalement qu'il le fait : 1) « un moineau pendu » 2) « l'association de la bouche de Catherinette à la bouche de Léna ». WG tente, quelques lignes plus bas, de nous rassurer : « il n'y a rien à craindre, ce sera malgré tout une histoire normale ». Tout juste confesse-t-il que le roman sera « un peu rugueux ». Je n'étais pas très emballé à l'idée d'aligner 200 pages comme celle-là. Mais il faut croire WG : Cosmos se lit en grande partie comme un roman normal, même si je serais d'accord pour le qualifier de « rugueux ». Ces quelques lignes introductives paraissent même - ô miracle - le plus fidèle et le plus juste des compte-rendus une fois le livre lu. C'est une merveille de synthèse, aussi exacte et honnête que possible. WG se donne un point de départ ardu, contraignant, à savoir les deux points cités plus haut, puis il laisse ses personnages se dépatouiller avec cela. Et quand la réalité est aussi étrange, il devient très difficile de maintenir fermement devant soi la frontière entre le fantasque et le plausible. WG dirait sans doute que toute réalité est étrange, pourvu qu'on s'y attarde. Il nous contraint à faire ce que nous ne faisons que rarement : regarder la réalité, la regarder encore, la regarder jusqu'à ce que tout ce qui semblait la soutenir fermement, tout ce qui semblait lui permettre de nous guider sans erreur, tout cela s'effondre et devient problématique, nouveau. Cosmos m'a rappelé Blow up d'Antonioni, construit à peu près sur le même principe : une photo, une réalité simple qui devient complexe sitôt qu'on refuse de considérer qu'elle n'a rien d'autre à dire d'elle-même que ce qu'elle nous montre. Au final, j'ai trouvé Cosmos très stimulant, mais par trop inégal : la première partie m'a dérangé et captivé, j'ai piqué du nez au cours d'une longue seconde partie qui ne me semblait pas apporter grand chose, et enfin j'ai dévoré les dernières pages, dignes des extraits de son journal dans leur concision assassine. En bref, Cosmos est pour moi à ranger parmi ces lectures stimulantes, intelligentes, mais, parfois, aussi, un peu pénibles.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Un des rares génie littéraire.,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cosmos (Poche)
Comme écrit plus haut, cet ouvrage est un livre au rebours de la science-fiction, mais pousse dans ses derniers retranchements l'acception banale de ce que nous considérons comme étant la "réalité". Le qualifier de roman "boder-line" serait un tantinet excessif, néanmoins, c'est le seul qualificatif qui se rapproche asymptotiquement de ce que l'on peut se susurrer à voix très basse au sein de son propre et ininterrompu monologue intérieur, dès que des idées saugrenues surgissent à la faveur d'on-ne-sait-quoi. "Bizarre", "Schizophrénique", "psychotique", ne seraient pas valables, dans la mesure où l'implication consensuelle du banal cède la place au déséquilibre intérieur évoqué par cette enquête policière totalement hors de tout cadre légitimement établi. J'affirmerai simplement que les prétextes donnant lieu à un tel débordement et à une telle implosion des implications possibles sont tout à fait hors de propos, et c'est justement ce décalage ontologique qui fait que le lecteur se trouve ébranlé dans ses dernières certitudes paradigmatiques. La découverte d'un moineau pendu à du fil de fer barbelé tient lieu de support à un délire "normal"; une certaine logique, propre, se dessine, et, progressivement, nous sommes entraînés à découvrir, dans le milieu archi-commun d'une pension de famille, la folie qui fonde, au fond, nos vies habituelles. Destabilisant, existentialiste au possible dans la juste mesure où l'absurde construit démonte point par point nos certitudes mettant en pendant le sûr et le total improbable, Cosmos est cela, mais pas seulement. Une sorte d'apprentissage est mis en pratique, à l'instar d'un enfant qui découvrirait la lecture ou encore à la faveur d'une sénilité précoce qui ferait perdre tous ses mots à un vieillard. Brutal, conceptuel, Cosmos est impossible à décrire (à part écrire tel Qu'Arno Schmidt l'a fait, dans un langage différent) et mérite l'appellation de "roman des romans", comme de rares autres ouvrages. A lire et, surtout, à relire.
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