Tavernier et son regretté complice Jean Aurenche, nous offrent une magnifique adaptation d'un roman noir de Jim Thompson, POP 1280. Le livre se déroulait dans les bayous.
Tavernier transpose l'action du livre, dans les colonies françaises d'Afrique, en 1939. Le procédé ouvre des perspectives sur l'observation sans concession du colonialisme à la française. Il pourrait faire suite au film de Jean-Jacques Annaud, « La victoire en chantant »..., né d'une même veine, toute aussi sanglante.
L'étude de m½urs est magistrale. Tavernier déroule sous nos yeux, une Comédie Humaine à prédominance sordide, étoffée d'une galerie de personnages tous plus médiocres les uns que les autres. Ces personnages sont animés par une palette d'acteurs, tous excellents. Pas un n'est en retrait par rapport aux autres, des têtes d'affiche aux petits rôles.
Aurenche nous régale de dialogues cocasses et féroces. Il agrémente son formidable talent de narrateur, de situations prises sur le vif : tel ce passager aveugle qui décrit d'un ton péremptoire, l'entrée du train dans la forêt vierge, alors qu'on roule dans une brousse aride...
L'histoire du congrès canin racontée par Noiret, vaut son pesant de rigolade.
Le film nous conduit dans une sorte de descente aux enfers psychologique. Tavernier nous fait suivre le parcours d'un justicier de l'ignoble, qui ne dédaigne pas profiter des justiciables qu'il liquide. Tavernier nous révèle ce que des « minus » peuvent faire du pouvoir qui leur est conféré. Cela donne froid dans le dos.Film désespéré, dénué de toute illusion, même petite ; film noir sombre mais brillant, ponctué de drôlerie, merveilleusement conduit par ce grand sorcier du cinéma qu'est Tavernier et son magicien des mots, Jean Aurenche.
Si le sujet vous passionne, vous retrouverez Jean Aurenche dans un merveilleux livre édité par Actes Sud, au superbe titre « La suite à l'écran », dans une collection dirigée par Tavernier.