Autant le dire tout de suite, la présentation de l'éditeur n'a aucun intérêt...
Ce bouquin est un plaisir à lire, relire, et partager !
Je ne suis pas toujours passionnée par les effets de styles, mais j'avoue que là, le parti pris de phrases courtes et d'adjectifs correspond, de mon point de vue, totalemnt au monde de la course à pied !
Peu de phrases sur les souffrances du coureur à l'entraînement ou en course, mais suffisamment pour comprendre qu'à partir de rien, puis d'un syncrétisme de différentes méthodes d'entraînement, Emile avait mis au point la sienne, que l'on pourrait presque résumer ainsi : souffrir et souffrir encore, au quotidien, pour moins souffrir en course....
Emile justement, qui nous est d'autant plus proche de par l'usage de son prénom, le patronyme n'étant utilisé pour la première fois qu'au delà de la 80° page... Emile un gars comme les autres, un type simple, d'un milieu ouvrier, un gars intelligent et d'une curiosité insatiable, qui va se retrouver à courir comme d'autres vont aller à la mine, puis y prendre goût...Un sportif hors-norme qui va, de par la situation politique dont il dépend, faire une carrière hos-norme à plus d'un titre, les communistes le laissant rarement se frotter aux compétitions trop "capitalistes". Un type aussi qui sera instrumentalisé et manipulé tout au long de sa carrière, parfois à son corps défendant...
Nous faire comprendre tout cela en moins de 150 pages d'une prose limpide, chapeau bas monsieur Echenoz, et surtout, merci !!
Je n'ai pas pu me retenir, à plusieurs reprises, de lire à voix haute certains passages...
"Il y a des coureurs qui ont l'air de voler, d'autres qui ont l'air de danser, d'autres paraissent défiler, certains semblent avancer comme assis sur leurs jambes. Il y en a qui ont juste l'air d'aller le lus vite possible là où on vient de les appeler. Emile, rien de tout cela.
Emile on dirait qu'il creuse ou qu'il se creuse, comme en transe ou comme un terrassier. Loin des canons académiques et de tout souci d'élégance, Emile progresse de façon lourde, heurtée, torturée, tout en à coups. Il ne cache pas la violence de son effort qui se lit sur son visage crispé, tétanisé, grimaçant, continûment tordu par un rictus pénible à voir. [...]"
Le passage continue avec la description de sa tête et de ses bras, complètement à dreuze eux aussi.... Bref, tout est en vrac !
"sauf l'harmonie de ses jambes, qui mordent et mâchent la piste avec voracité."
Si vous avez déjà vu des images de Zatopek en course (comme récemment sur Arte) vous ne pouvez pas vous y tromper... c'est bien lui !
Bref, si ces quelques mots vous ont plu, courez le lire !! C'est une véritable merveille !