Proposé en album bonus de l'adition limitée de "Sleeping with Ghosts", cette galette fumante venue de nulle part n'est rien d'autre qu'un petit bijou, très loin de n'être qu'un cd bonus. Largement aussi bon que l'album susmentionné, il est ici vendu isolé, et vaut largement le détour, avec des reprises hautement créatives, voire tout simplement géniales, au sens dictionnaire du terme !
"Running Up That Hill" de Kate Bush ouvre le bal, mid-tempo electro parfaitement dosé. La vois de Molko y fait complètement oublier celle de l'auteur original et ouvre le disque en douceur, mais place déjà la barre haute. Avec le missile "Where Is My Mind", des inratables Pixies, Placebo enfonce le clou en se faisant carrément plaisir. Une fois de plus, la voix de Brian y brille, la chaussure étant à 100% à son pied. Il faut comprendre que bien reprendre un titre est également dans son choix judicieux par rapport à ses capacités vocales et instrumentales. "Bigmouth Strikes Again" n'est pas incontournable, mais permet de souffler avant "Johnny And Mary", sur lequel Placebo dope la version de Robert Palmer t lui offre un mur de guitare bien jouissif.
Avec "20th Century Boy", reprise de T. Rex, le contrepied est de mise avec un rythmique bondissante renforcée à l'electro, mais sort ses griffes grâce à l'intervention des 6 cordes sauvages. Encore une réussite qui dépoussière habilement un titre de 1973 ! "The Ballad Of Melody Nelson" est probablement l'une des plus audacieuses cover de l'album, puisque peu de chanteurs peuvent rivaliser avec le fameux et très difficilement hypnotique "parlé/chanté" de Gainsbourg... Molko réussit si bien son tour de force que l'on est presque sur un "parlé/hanté", tellement le titre est prenant, éthéré, sulfureux, hypnotique. "Holocaust" reprend le titre sorti en 1978 de Big Star, groupe de Memphis. Ce titre n'est pas le plus mémorable de l'opus, mais n'est pas non plus désagréable.
Avec "I Feel You" (Depeche Mode), Molko nous transporte dans une frénésie électrique dopée par sa mélopée nasillarde sur fonds éléctro rock et de break qui relance l'ensemble. J'ai un gros faible pour l'incongru "Daddy Cool", hymne disco de Boney M que tout le monde connait... Placebo le pourfend tout simplement en lui conférant la puissance électrique qui lui manquait. Même riffs, même rythmique ultra dansante, mais quelle patate niveau grattes, wow ! Un trait de génie qui souligne une fois encore l'hétéroclisme de Placebo.
"Jackie" (Sinéad O'Connor - 1988), clôture avec majesté l'ensemble, la voix de Molko résonnant presque a capella dans le vide : frisson assuré pour ce monument de finesse et de mélancolie, dont l'ambivalence sexuelle du chanteur porte le sujet du titre dans un flou artistique peu commun (cela rappelle, dans le concept seulement, par certains cotés Gainsbourg - encore lui ! - qui chante "Mon Légionnaire").
"Covers" est un vrai petit chef d'oeuvre qui mérite sa place dans la discographie du groupe, et qui saura ensorceler les auditeurs aux horizons larges.