Les compilations du grand Ennio Morricone sont trop souvent d'affreux objets rassemblant des thèmes, certes sublimes, mais sans la moindre cohérence thématique ou direction artistique. La conséquence est fâcheuse, le maître y apparait comme un "pop compositeur" alors que son aeuvre est diablement plus profonde... Souvent étrange aussi.
Balayons d'un revers de main les doutes sur la qualité du présent florilège, Ipecac (label de Mike Patton) est une maison sérieuse. De fait, le choix n'a pas été celui de la facilité et le packaging (magnifique livret photo) est particulièrement soigné, ceci dit pour ceux qu'un objet "bien fait" émeut encore et ne sont pas passé au tout dématérialisé...
Une première constatation quand à la sélection ici proposée, alors qu'Ennio a commencé sa carrière discographique en 1959 et la poursuit toujours plus de 50 (!) après, les enregistrements de Crime and Dissonance ne couvrent qu'une période relativement brève, 13 ans de 1968 à 1981. Certes, il reste encore plus de 200 (!) bandes originales à couvrir (sur la cinq-centaine à mettre au crédit d'Il Signore Morricone, un travail de titan !) mais ayant ainsi dégrossi le travail, les compilateurs se sont tout de même facilité la tâche en plus de s'assurer d'une harmonie sonique parfaite. C'est intelligent et ne retire rien à leur mérite d'examinateurs patients et pointilleux.
En l'occurrence - et vu le choix de morceaux relativement obscurs de films qui ne le sont pas moins - on a l'impression de découvrir un nouvel Ennio Morricone, un qu'on nous aurait caché et qu'on est ravi de rencontrer. Car il faut bien le dire, ce catalogue de bizarreries - souvent orientées vers une certaine idée du psychédélisme, du jazz, de la world music ou du classique contemporain dit d'avant-garde - ne fait que confirmer tout le bien qu'on pensait de lui et le statut de légende vivante ô combien mérité d'un compositeur non seulement habile mais aussi versatile et habité. De fait, les mélodies sont souvent ici moins accrocheuses que les « grands airs » connus de tous mais, ce que Crime and Dissonance perd en immédiateté, il le gagne en texture, en profondeur, en étrangeté... En richesse.
Pas à mettre entre toutes les oreilles, Crime and Dissonance - qui porte diablement bien son nom - l'est. Chaudement recommandé aussi mais - et vous ne direz pas que je ne vous aurai pas prévenu - pour ceux qui réduisent cet olibrius à sa collaboration avec Sergio Leone, quelques thèmes de Western spaghettis et autres musiques mille fois entendues dans des spots publicitaires - la surprise sera définitivement au rendez-vous, la satisfaction probablement aussi.