Il faut une certaine audace pour choisir de porter à l'écran l'un des romans les plus lus au monde.
Le réalisateur Georges Lampin D'origine russe, débute comme acteur du théatre de Moscou et vient jouer en France au début des années vingt. Il n'en bougera plus. D'abord acteur pour Jacques Feyder et Abel Gance, il devient ensuite l'assistant de metteurs en scène comme René Clair ou Marcel L'Herbier, avant de tourner lui même quelques films qui rencontreront auprès du public un honnête succès.
C'est en 1956 qu'il décide de se lancer dans un projet qui va lui permettre de renouer avec ses origines, l'adaptation de l'une des oeuvres les plus réputées de la littérature : "Crime et châtiment". Evidemment, il sait que plusieurs versions cinématographiques en ont déjà été livrées, et qu'il va en conséquence se mesurer à des cinéastes prestigieux tels que Robert Wiene ou Josef von Sternberg. Et c'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles le réalisateur choisit de transposer en France, et à l'époque contemporaine, l'intrigue du roman de Dostoïevski, située à Saint- Pétersbourg à la fin du XIXe siècle.
SYNOPSIS : René Brunel, un étudiant généreux, se prend de pitié pour Pierre Marcellin, un alcoolique incurable. Il va jusqu'à laisser à l'ivrogne tout l'argent que sa mère venait de lui envoyer. Se retrouvant sans un sou, René met en gage sa montre chez madame Horvais, une vieille usurière. Mais écoeuré par le comportement de cette dernière, il décide de l'assassiner...
Une fois n'est pas coutume, Gabin fait en 1956 une infidélité à son auteur de chevet, Georges Simenon pour se plonger dans l'univers d'un des plus grands noms de la littérature mondiale, à savoir Fedor M. Dostoïevski. L'acteur avait déjà eu l'occasion de découvrir les tourments de "l'âme slave" en jouant vingt ans plus tôt dans "Les bas-fonds" de Jean Renoir, tiré d'une oeuvre de Maxime Gorki.
Le choix de Charles Spaak comme scénariste ne peut que réjouir Gabin. Les deux hommes ont déjà collaboré pour de nombreux films comme "La Bandera", "La grande illusion" ou "Remorques"... De même, il est heureux de retrouver sur le plateau, plusieurs comédiens qu'il apprécie particulièrement : Gaby Morlay, sa partenaire dans "Le messager" en 1937... Bernard Blier, connu lors du même tournage et recroisé dans "Le jour se lève"... et bien sûr, Lino Ventura, à qui il va donner la réplique pour la troisième fois. Gabin fait aussi la connaissance d'un jeune couple appelé à une brillante carrière, Robert Hossein et Marina Vlady, ainsi que de la jeune vedette suédoise Ulla Jacobsson (sourire d'une nuit d'été)... sans oublier Gérard Blain et Marie-José Nat dans sa toute première apparition cinématographique.
Le moins que l'on puisse dire est que les comédiens s'avèrent des plus convaincants. Robert Hossein compose un jeune meurtrier aussi fiévreux que tempétueux. La personnalité de l'acteur servant le personnage de manière idéale. D'autant que Gabin lui oppose, dans le rôle du commissaire Gallet, un calme et une rigueur qui donnent à leur confrontation de grands moments de tension dramatique. Quant à Marina Vlady, elle confirme avec le rôle de la prostituée Lili qu'il va désormais falloir compter avec elle.
Autant de raisons pour lesquelles le réalisateur Georges Lampin peut estimer avoir tenu son pari avec brio...!