Une œuvre pivot de Feldmann, qui n'a d'ailleurs pratiquement jamais lâché aucune scorie. En France, on renâcle quelque peu face à la musique contemporaine américaine. Les mélomanes éprouvent une véritable (et justifiée) affection pour Cage, les bobos s'entichent de Philip Glass et de John Adams, puis entre les deux on trouve les adeptes de Steve Reich. Soyons sérieux. Crippled Symmetry est un monument, certes tranquille d'apparence, mais radicalement novateur et musical. En quoi il est en passe de devenir, très prochainement, un classique.Feldmann n'a pas toujours brillé par sa modestie (euphémisme). Et Cage n'a pas épargné les piques à l'encontre de son "disciple". Phénomènes transitoires. On n'opposera pas l'un à l'autre. On se réjouira plutôt que deux génies aient pu de la sorte s'influencer, puis diverger. Feldmann fascine, hypnotise. Il vous fait plonger en des gouffres inconnus, inattendus. Il faudra des années encore pour comprendre ce qu'il doit, ce qui le relie - à Mozart, peut-être. C'est dire si cette musique emprunte des sentiers novateurs tout en assumant un héritage millénaire.Dernier commentaire: Feldmann est dépressif. On peut caler face à une telle désespérance. A côté, Chostakovitch fait figure de joyeux drille, Webern d'esthète psychorigide, Schumann de farouche crève-vagin. Mais par ciel couvert, quand rien ne semble vouloir soulever le plafond qui vous écrase, alors Feldmann s'impose, compagnon de noirceur, d'errance et de no future.