On ne va pas y aller par quatre chemins : ce livre est une bombe !
Avant de se poser la question aussi simple qu'explosive qui constitue le titre de ce livre il faut se confronter au réel, échapper à la fiction quotidienne.
Michel Drac analyse ici la séquence d'évènements qui, de l'abolition de la convertibilité-or du dollar en 1971 à l'explosion de la masse monétaire en 2002 et 2007 prépara la crise actuelle. En s'appuyant sur de nombreux graphiques, la dynamique du capitalisme américanocentré - vers la virtualisation est décryptée.
La « thèse » formulée par l'auteur est la suivante :
1. La crise véritable n'est pas celle « des subprimes » mais celle du système capitaliste américanocentré tout entier. Aboutissement du décalage croissant entre économie réelle et économie financiarisée, fruit du système monétaire consacré par la fin de la convertibilité-or du dollar en 1971, de l'entrée dans la mondialisation de la Chine qui entraina un partage de la plus-value en défaveur du travail et donc un excès d'épargne des entreprises, excès qui aboutit à une financiarisation excessive pour rentabiliser cette épargne qui ne trouve plus de marchés solvable chez des ménages aux revenus stagnants. Au final, la crise c'est le déplacement du centre du capitalisme de l'Amérique du nord vers l'Asie, l'auteur en envisageant également les conséquences géostratégiques.
2. la crise des subprimes est en fait un coup d'état de l'oligarchie financière. Les effets de la politique de taux d'intérêts ridiculement faibles de la FED ne pouvaient être inconnues des gens au pouvoir : en remontant ses taux la Fed entraina l'implosion de la bulle immobilière des subprimes, au moment où le taux de ces prêts devenaient variables.
L'idée pour l'oligarchie financière est ainsi en quelque sorte de survivre à la crise, la vraie, en négociant au mieux l'effondrement du système de manière à en faire retomber le poids sur le peuple.
Quelques extraits de ce livre sorti début 2009 :
Et pourtant, une banque d'affaires, Lehman Brothers, va être abandonnée à son sort. Or ce qui est intéressant à observer, c'est que cette banque aurait pu être sauvée. (...) D'où l'inévitable question : pourquoi la FED, qui avait sauvé Bear Sterns et qui, par la suite, sauva le système dans son ensemble, a-t-elle laissé tomber Lehman Brothers ?
(...) Je n'ai pas la preuve de ce que je vais avancer ici, mais voici ma thèse : l'oligarchie financière a décidé de créer un choc pour conditionner l'opinion, en vue de débloquer ensuite les "plans de sauvetage" bancaires qui ont permis, en toute simplicité, de reporter les dettes sur les Etats, et donc en dernière analyse vers les contribuables. La faillite de Lehman, en provoquant une énorme onde de choc à travers le système financier mondial, a placé les dirigeants politiques devant un choix cornélien : ou bien laisser tomber les banques, et voir l'ensemble du système de l'argent s'effondrer (et avec lui toute la structure sociale), ou sauver les banques, coûte que coûte. Lehman Brothers, la plus petite des banques d'affaires US, a donc été pour l'oligarchie financière un pion sacrifié. Et l'on remarquera au passage que le Secrétaire au Trésor qui a décidé ce sacrifice, Henri Paulson, est un ancien employé d'une concurrente de Lehman, Goldman Sachs."
(...) "En 2000, cependant, ces mêmes dirigeants se rendent à l'évidence : l'Asie monte en puissance plus vite qu'ils ne le pensaient, et leur propre économie productive menace d'imploser (...).
Les dirigeants de l'anglosphère s'organisent donc pour remodeler leur zone d'influence sur de nouveaux schémas, plus inégalitaires (...) Ce remodelage de la structure de classe a été préparé par une fausse reprise, orchestrée pour rendre possible, en sortie de crise, un coup d'Etat déguisé".(...)
"Ces grandes banques, dûment recapitalisées par un pouvoir qui n'est jamais que leur émanation, et cela depuis des décennies, sont en réalité moins en difficulté que les grandes banques européennes (...).Les USA sont encore en mesure de la modeler (la crise) à leur convenance - (...) afin de conduire une guerre financière secrète contre les protectorats européens, délibérément fragilisés.
(...) le protecteur est bien décidé à faire retomber le poids de sa faillite sur son protectorat, afin de se positionner au c½ur d'un empire occidental qui restera sous domination de la finance anglo-saxonne.