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5.0 étoiles sur 5
Perfection du langage cinématographique. Eblouissement visuel., 15 juin 2008
Un flamboyant poème visuel sur les passions humaines. Terence Malick, dont ce n'est encore que le deuxième long métrage, exprime déjà ici toute la puissance de son génie cinématographique. Il nous expose le récit de gens simples et encore proches de la nature, que le destin va précipiter avec violence dans un affrontement inéluctable. A cette violence, née du tiraillement perpétuel entre l'enfermement des classes sociales et les aspirations naturelles de l'homme, mû par ses pulsions primitives, le cinéaste confère une dimension universelle. Pour cela, il situe son drame dans un environnement d'une beauté saisissante, dans une nature frémissante de vie animale, des paysages et des ciels baignés d'une lumière biblique (travail exceptionnel du chef opérateur Nestor Almendros), qui font écho à la tragédie en faisant ressortir toute la fatalité et l'immuabilité de la condition humaine. L'autre grande force de ce film vient de son mode narratif, plaçant le spectateur selon le point de vue d'une jeune fille, proche des protagonistes, mais en même temps observatrice muette du destin en marche (étonnante Linda Manz, qu'on n'a guère revue ensuite que dans "Out of the Blue", film méconnu et passionnant de Dennis Hopper, et dont le regard intense et le visage grave laissaient pourtant présager d'une carrière plus fournie). Son regard est exprimé par sa voix off, qui ryhtme avec sobriété et souligne comme un choeur antique les actes successifs de ce drame. Sam Shepard et Richard Gere, tous deux encore en début de carrière, donnent à leurs personnages toute l'ambiguité et l'impulsivité nécessaires. Quant à Brooke Adams, elle incarne avec justesse une femme en qui coexistent autant la fragilité et l'insouciance de la jeunesse qu'une certaine rugosité liée à sa condition sociale défavorisée. Mais c'est surtout par une mise en scène lente et majestueuse, ponctuée soudain de scènes fulgurantes où éclatent passions et violence, en misant essentiellement sur l'image comme seul véritable narrateur, que ce film exerce son impact majeur. Cette formidable alchimie visuelle et narrative, seul Terence Malick en a le secret et c'est là la marque d'un cinéaste hors du commun. Un moment de cinéma épuré et inoubliable.
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5.0 étoiles sur 5
Sur les éditions Criterion de "Days of heaven", 11 août 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Criterion Collection: Days of Heaven [Import USA Zone 1] (DVD)
Ce commentaire ne vise pas à disserter sur le film. Non pas qu'il ne le mérite pas - une myriade de commentaires ne serait pas déplacée pour une telle oeuvre - mais parce qu'il a essentiellement pour objet de donner quelques informations sur les éditions disponibles. Je renvoie donc à ce qu'ont écrit de cette splendeur plastique et lyrique les commentateurs ci-contre, souvent très éloquents. J'en profite pour indiquer à ceux qui s'intéressent à ce peintre-poète-philosophe de l'écran (pourrait-ce être une définition idéale de cinéaste?) et lisent l'anglais qu'il existe deux ouvrages de très grande qualité, le recueil d'articles
The Cinema of Terrence Malick: Poetic Visions of America et l'excellente monographie
Terrence Malick de Lloyd Michaels. A quand un ouvrage de cette qualité en français sur un des plus grands cinéastes américains de ces 40 dernières années?
En attendant la sortie de
The Tree of Life, son très attendu 5ème film, les admirateurs de Terrence Malick essaient de se rabattre sur les meilleures éditions de ses films. Le moins qu'on puisse dire est que ce n'est pas en France qu'on peut les trouver... On peut bien sûr attendre que Days of Heaven / Les Moissons du ciel soit édité dans la magnifique copie restaurée de la réédition en salle de juin 2010. Pour ceux qui ne souhaiteraient pas attendre cette hypothétique édition française, signalons ce qui existe en zone 1 chez Criterion. Précisons que d'une part votre lecteur doit pouvoir lire les zone 1 (être dézoné) et d'autre part que leurs éditions dvd et blu-ray n'incluent que des sous-titres anglais pour le film, le reste n'étant pas sous-titré du tout.
C'est donc Criterion, l'éditeur n°1 aux Etats-Unis, responsable d'une collection qui serait au dvd l'équivalent de ce qu'est la Pléiade au livre, qui s'est chargé de Days of Heaven. Le dvd sorti en 2007, celui qui est référencé ici, a les caractéristiques suivantes:
- un master restauré en tout point supérieur à celui de
l'édition précédente, supervisé et approuvé par Terrence Malick lui-même, ainsi que par le monteur Billy Weber et le cameraman John Bailey
- un commentaire audio qui se fait en l'absence de Malick - rappelons qu'il n'a pas accordé un seul entretien depuis plus de 30 ans et ne se montre plus - et de celle du chef opérateur de génie Nestor Almendros, disparu. Ce sont Billy Weber, le "production designer" Jack Fisk, la costumière Patricia Norris et la directrice de casting Dianne Crittenden qui s'y collent, avec un bonheur variable.
- un entretien avec Richard Gere (qui explique comment a été tournée la scène de l'invasion des sauterelles) et un autre avec Sam Shepard
- deux entretiens sur l'image et le travail de la caméra, de loin les plus intéressants de tous: un avec John Bailey, qui explique entre autre comment ils appliquaient des techniques de tournage propre aux films urbains des années 70 dans ce film d'époque dans lequel on ne les attendait pas; l'autre avec Haskell Wexler, autre grand chef opérateur, ayant remplacé Nestor Almendros, qui a d'ailleurs expliqué à plusieurs reprises qu'un grand nombre de plans du film sont de lui, alors qu'Almendros est le plus souvent seul crédité de l'éblouissante réussite visuelle du film
- un fort beau livret, comprenant un texte renseigné et pertinent d'Adrian Martin, ainsi qu'un chapitre passionnant tiré des mémoires d'Almendros
On retrouve tous ces suppléments dans le blu-ray Criterion sorti en 2010, également référencé sur le site français. Le master HD est encore un petit cran au-dessus de celui du dvd. Le dvd comme le blu-ray, même indiqués comme indisponibles sur le site français, se trouvent sans aucun problème sur le site américain d'Amazon.
Finissons sur une excellente nouvelle: Criterion va sortir une édition de The Thin Red Line /
La Ligne rouge fin septembre 2010, en dvd comme en blu-ray (là aussi référencée sur le site américain uniquement). Master restauré sous la supervision de Malick et du chef opérateur John Toll. De nombreux commentaires et entretiens sont prévus, avec plusieurs acteurs (dont Sean Penn), Jack Fisk et John Toll. Ce qu'attendent les amateurs avec plus d'impatience encore, c'est le quart d'heure de scènes coupées promises - certes, autant dire presque rien quand on sait le nombre considérable d'heures tournées par Malick, mais c'est la première fois que Malick autorise cela dans une édition dvd d'un de ses films. Bref, une édition qui là encore risque de faire date. A quand des éditions de ce calibre en France pour un des plus grands réalisateurs américains en activité, dont les oeuvres sont déjà devenues des classiques?
NB Réponse à la dernière question (mai 2011) : l'édition Criterion de The Thin Red Line vient d'être reprise quasi-intégralement dans un excellent blu-ray français :
La Ligne rouge - Combo Blu-ray + DVD (voir mon commentaire).
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Malick acte II, 1978, 25 juin 2009
C'était le deuxième film de Malick et le dernier de sa première période créatrice avant un gouffre de silence de deux décennies d'où il reviendra avec La Ligne Rouge. Dans "Les moissons du Ciel" - avec le jeune Richard Gere, encore quasiment méconnu à l'époque (mais fan de Badlands de la première heure) - Malick poursuit, à travers la voix-off d'une enfant qui tente de saisir le monde sauvage qui l'entoure, sa fameuse symphonie visuelle où les caprices de la natures font écho aux déchirements humains.
En toile de fond, le canevas dramatique possède la beauté de sa simplicité : deux amants, faux consanguins mais vrais frères et s½urs de galère et de c½ur, décident de faire contracter un mariage avec un très riche propriétaire terrien en fin de vie pour récupérer la dot. Voilà, le mal est à la racine, la mauvaise graine est plantée. Travail, argent, classes et pouvoir ont sali la terre, perverti le c½ur, inoculé l'âme. Comment, après ça, s'étonner des Apocalypses vengeresses ? Poussière, tu redeviendras poussière...
Tourné en très grande partie durant la fameuse "heure bleue", sous la houlette d'un chef-op qui embarquera un oscar de la photo plus que mérité, Les Moissons du Ciel offre des décors, des plans larges, des travellings Steadycam et des couchers de soleil injectés, d'une rare beauté cinématographique. Fond et forme fusionnent à la perfection dans ce grand orphéon tragique et naturaliste, tonnant comme un coup de fusil à travers les champs.
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