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UNE HISTOIRE D'HOMMES, 10 mars 2003
Le "Doulos" qui signifie chapeau en argot, plus exactemment celui qui en porte un dans le langage du milieu , "l'indicateur de police", est un film d'hommes, d'amitié entre hommes, peu importe s'ils ne sont pas du même côté de la barrière, question d'estime, d'honneur. Avec une atmosphère que seul le Maître J.P Melville savait créer, paysages urbains désolés, temps pluvieux, scènes noctures .... Un superbe film donc, servi par des acteurs de qualité : Jean Paul Belmondo, Serge Reggiani, Michel Piccoli et dans le rôle du policier Jean Desailly.
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« Il faut choisir. Mourir ou mentir ? », 16 janvier 2011
Un homme revêtu d'un imperméable et d'un chapeau mou marche d'un air taciturne le long de la voie ferrée d'un quartier désaffecté de banlieue parisienne. Il se rend dans une vieille bâtisse, entre et monte à l'étage après s'être regardé dans le miroir du hall. Là, un individu de sa connaissance, Gilbert Varnove, est attablé et lui demande s'il a mangé, tout en s'appliquant à l'évaluation d'un tas de bijoux de diamants, butin d'un cambriolage récent qui eut lieu dans l'avenue Mozart. La conversation entre Varnove et cet homme, qui se nomme Maurice Faugel, s'oriente progressivement vers la vie privée de ce dernier. Ainsi Faugel, qui ne semble pas vouloir manger quoi que ce soit, évoque le décès de sa femme tandis qu'il séjournait en prison et demande également au receleur « un flingue » dans la perspective de la prochaine affaire de vol sur laquelle il entend opérer avec Rémy, son acolyte, et qui doit être réalisée pas plus tard que le lendemain au 90 boulevard du Général Grenier, à Neuilly. Varnove se montre un peu réticent à l'idée de lui confier l'arme mais cède au nom de leur amitié (« ça me plaît pas beaucoup de te voir partir avec un flingue »). Il lui indique l'endroit où est rangé le revolver, le tiroir d'une commode. Faugel s'en empare, s'assoit sur le lit et, au moment où son interlocuteur se retourne en poursuivant la conversation, l'abat d'un tir à bout portant. Quelques instants après, alors que la nuit est déjà tombée et qu'il s'emploie à effacer ses empreintes, Maurice Faugel entend le moteur d'une voiture. Le véhicule finit par s'arrêter devant la maison. Deux hommes en sortent. Il s'agit de Nutthecio et Armand, deux complices de Varnove venus récupérer le butin du casse de l'avenue Mozart. Faugel, après s'être emparé de la marchandise, parvient pour autant à s'enfuir en passant par une des fenêtres qui s'ouvrent sur l'arrière de la demeure puis la dissimule non loin de là, sur le chemin du retour, dans un terrain vague plus précisément, au pied d'un réverbère. Après quoi, il regagne sans être plus inquiété le domicile de Thérèse Dalmain, sa nouvelle compagne. Il est étendu sur son lit depuis plusieurs minutes, fumant une cigarette, quand on sonne à la porte. Le visiteur est Silien, « un ami » se plaît-il à dire à Thérèse, qui vient lui apporter « le matériel pour le coffre », une ventouse, de fait. Au terme de leur entrevue, ledit Silien quitte le couple, descend dans la station de métro la plus proche et décide de donner un appel téléphonique. Son destinataire n'est autre que l'inspecteur Salignari, de la police judiciaire...
Parue en 1962, cette adaptation du roman de Pierre Lesou, réalisée par Jean-Pierre Melville, découvre une intrigue dont l'originalité paraît consister dans le double jeu du personnage éponyme de Silien, autrement connu sous l'identité du « Doulos » dans le milieu, désignant son statut d'indicateur de police, et qui en fait, dans chacun des cercles sociaux qu'il fréquente, moins une relation de confiance qu'un objet de suspicion. À la fois solitaire et victime du travestissement obligé ou électif, selon le cas, qu'il doit être en mesure d'adopter dans le contexte de ses relations duelles, tantôt avec les services de police, tantôt avec les acolytes qu'il choisit d'aider, Silien demeure pris malgré lui dans l'engrenage d'une série d'actes délictueux où toute forme de transaction est à terme radicalement exclue, où la comédie n'apparaît plus dès lors possible, où la fatalité guette son heure derrière « le paravent ». Du reste, la qualité remarquable de l'interprétation et de la mise en scène font de ce film noir un grand classique. Jean-Paul Belmondo, Serge Reggiani ou encore Jean Desailly lui confèrent sa part de réalisme sublime. Bertrand Tavernier et Noël Simsolo partagent à cet égard l'idée que l'oeuvre est « extrêmement construite », se fondant sur une « cadence très rythmée ». Tavernier précise qu'elle repose sur une architectonique relevant du « choc des coïncidences » et d'une « suite d'espoirs déçus, d'espoirs frustrés ».
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