Cette phrase que prononce Oskar le tambour résume bien le ton du film: onirique et cruel, mais aussi tendre ,violent , réaliste , poétique, historique , drôle , sensuel et cru.
Palme d'or ex-aequo avec Apocalypse Now en 1979 (on rêve aujourd'hui de tels palmares sur la croisette!) Le Tambour est celui des deux que j'emporterais dans une ville déserte!
Peut-être parce qu'on lui a volé son enfance et son adolescence ( Günter Grass a été enrôlé dans les jeunesses hitlériennes et la waffen SS ) l'auteur invente le personnage magnifique de cet enfant qui refuse de grandir pour se venger des adultes. Volker Schlöndorf le réalisateur, a su trouver en David Bennent, l'acteur idéal pour incarner ce destin hors-norme. A des années lumière de tout cabotinage, l'acteur (douze ans au moment du tournage, mais en paraissant beaucoup moins) insuffle à son personnage une présence incroyable et hallucinée.
Les autres comédiens ne sont pas en reste: Mario Adorf, impeccable en cocu magnifique, Angela Winkler en mère paumée et sensuelle et mention spéciale à Charles Aznavour, totalement émouvant dans le rôle de Markus, juif et vendeur de jouets.
La photographie est sublime, les paysages de la baltique et les silhouettes des cathédrales gothiques rappelant les toiles de Caspar David Friedrich, peintre du cru.
Ce film est avant tout un film sur l'enfance, qu'on ne devrait jamais quitter (au moins dans l'âme). Premiers émois charnels (la scène d'Oskar qui suce le mistral gagnant de l'époque sur le doigt de Maria la bonne, totalement sublime). La découverte de la sexualité des adultes et leurs compromissions.
De l'avènement du nazisme jusqu'au crépuscule des dieux, Oskar promène son tambour et son talent de briseur de verre (de rêves ?) dans un voyage initiatique parsemé de morts et d'horreur ordinaire, dans cette Allemagne gothique au début de sa modernité.
Chaque fois que je glisse un peu trop dans le monde savonneux des adultes, j'entends le roulement de tambour d'Oskar qui me rappelle à l'ordre!
Mon Citizen Kane à moi...