L'escalier mentionné dans le titre, c'est celui que doit grimper tous les soirs Mama (Hideko Takamine, l'actrice fétiche de Naruse) pour rejoindre le bar où elle officie comme hôtesse. Cet escalier est le symbole du passage du jour à la nuit, de la vie réelle et de ses problèmes au monde factice où les hommes d'affaires viennent oublier leurs soucis autour d'un verre de scotch de la conversation joyeuse des escort girls. Et pourtant que de problèmes pour Mama : un frère en difficulté qui lui réclame de l'argent pour son avocat et l'opération de son fils, des hôtesses qui la quittent pour se marier, rejoindre la concurrence ou fonder leur propre entreprise - et, plus généralement, cette question lancinante : déjà 30 ans et que faire de ma vie ? Mama hésite entre se marier et monter sa propre affaire. Dans le second cas, il lui faut de l'argent ; dans le premier, il lui faut un mari riche et pas trop regardant. Or ce profil est bien représenté dans sa clientèle : il y a Masayuki Mori, un riche banquier, Daisuke Kato, un obèse sympathique. Il pourrait même y avoir le Mr Muscle du bar, le jeune Tatsuya Nakadai.
Un des meilleurs Naruse, je trouve, que ce film de 1960. On retrouve les qualités éminentes du maître : subtilité et discrétion de la mise en scène, approche par petites touches qui petit à petit aboutissent à un tableau magnifique et sans espoir des hôtesses de bar de l'époque. Et quelle mélancolie dans le regard de Takamine ! Quel courage pour affronter les uns après les autres les déconvenues qui jonchent son parcours ! Derrière l'artifice et les paillettes des lieux de plaisir, la réalité noire de la dépression, de l'étranglement et de l'impossibilité de changer sa vie se donne cruellement à voir.
Ce DVD de Criterion nous donne une belle copie de ce classique du cinéma japonais (avec st anglais)