Pour chaque période de l'histoire qu'il a abordée (western comme contemporain - je pense évidemment à la "Horde sauvage" et aux "Chiens de paille"), Sam Peckinpah a imprimé la marque de son génie dans l'art de dépeindre la violence de façon nouvelle : celle-ci n'est plus dosée, contrôlée, calculée, elle est une boucherie baroque, convulsive, chaotique, et, dans les faits comme sur les visages, elle explose sur fond de folie.
Qui sont les héros de la guerre ? Les médaillés, ou les oubliés morts au champ de bataille ? La "Croix de fer", c'est l'honneur qui justifie l'horreur d'un médiocre capitaine prussien dont le seul souci est de revenir dans sa famille "la tête haute", lors même que tout son pays sombre dans la déroute la plus sanglante. Pour le médiocre objectif, tout est bon, même tirer sur ses propres hommes en simulant le malentendu.
Prenant à rebours les scénarios attendus, Peckinpah montre une armée allemande au bord du gouffre, et les intrigues à l'intérieur d'une unité qui ne lutte plus que pour sa survie. Même parmi les odieux perdants, les luttes internes continuent entre le monstrueux et l'humain. De Peckinpah, il ne faut pas attendre une oeuvre patriotique : le point du vue du film est résumé dans la célèbre tirade de James Coburn, vibrionnant de dégoût : "Je dégueule tous les officiers et tous les uniformes..."
Salutaire.