Je viens juste de terminer ce livre et je pense sincèrement qu'il s'agit de l'un des meilleurs de notre nouveau siècle, pas moins. Cette impression vient autant du véritable travail qui a été accompli par auteur d'une intelligence brillante que d'un désagréable sentiment me venant de la lecture de tous ces thrillers présentés comme des best-sellers alors que ceux-ci semblent presque tous être sortis du même moule, celui du marketing. Là, il est indiscutable que l'auteur Neil Stephenson a écrit « Cryptonomicon » par plaisir, et par envi de faire un beau récit sans considération pour des considérations commerciales. Si ce n'était pas le cas, alors « Cryptonomicon » ne serait pas aussi épais, indiscutablement.
C'est bien écrit, et riche en détails que la plupart des auteurs évitent pour ne pas prendre le risque de se contredire dans la suite du récit. Il ne s'agit que d'une fiction, bien sûr, mais on jurerait une histoire vraie, et c'est de là que vient l'intérêt de « Cryptonomicon » sur le plan strictement littéraire.
« Cryptonomicon » nous emmène parfois dans des excursions mathématiques fascinantes qui m'ont beaucoup rappelé le merveilleux film « Un Homme d'Exception ». Et comme c'est le cas avec « Un Homme d'Exception », cette part de mathématiques dédiée à l'art de coder des messages, est très sérieusement basée sur des faits et des anecdotes tout à fait authentiques et historiques. Sauf que là c'est bien mieux raconté que dans les livres d'histoire, et que ça demeure accessible à (presque) tous.
Les personnages sont toujours très crédibles, avec leurs faiblesses et leurs qualités, et l'auteur ne se laisse jamais aller à la fantaisie avec eux. Il y a des gentils et des méchants dans ce livre, bien sûr, mais là il y a toujours moyen de comprendre les motivations des derniers, étonnamment.
Soyez avertis qu'avec près de 1200 pages, « Cryptonomicon » est un livre qui réclame un peu de courage. Une épaisseur pareille, ça en effraie plus d'un, mais comme je n'ai éprouvé aucune difficulté à le lire, alors je dis : ne vous laissez pas impressionner par ce genre d'apparence. Ironiquement, il m'est arrivé de me surprendre à me dire, lorsque je fus près de la fin, « oh, plus qu'une centaine de pages ! Mais pourquoi ? ».
L'histoire démarre avec un ambitieux projet de création de coffre fort pour l'Internet mondial devant permettre de contenir et de protéger toutes les informations numériques, que celles-ci soient censurées ou non dans n'importe quel pays. Le lieu d'implantation de ce coffre fort, impliquant la coûteuse pose pour ce faire de câbles Internet sous-marins, un petit pays assez riche qui est également très riche, pas très loin des Philippines. Le nom de ce pays est imaginaire pour la circonstance, mais sa description et son emplacement font songer au Brunei. Le projet, devant recevoir l'aval du dirigeant de ce dernier pays, doit rester top secret, et c'est pourquoi ceux qui l'entreprennent - les héros du récit - sont très discrets et ne communique entre eux que par l'usage de messages fortement cryptés.
Seulement, en cours de route, une mystérieuse affaire remontant à la seconde guerre mondiale et apparemment farfelue arrive accidentellement aux oreilles du héros. Il s'agit d'une formidable quantité de lingots d'or qui aurait été cachée sur une île par l'armée japonaise juste avant la défaite du Japon. Comme ceux qui furent en charge de cacher cette immense quantité d'or furent tous tués peu après, l'histoire est devenue une légende invérifiable. Mais un soldat américain, un Marine fait prisonnier de guerre par les japonais et utilisé par ceux-ci pour aider à creuser des galeries, s'en est miraculeusement sorti, lui. Ce dernier n'est pas revenu dans son pays après la guerre, et s'est installé aux Philippines après la guerre pour y créer une petite entreprise vivant de la recherche d'épaves sous-marines. Le héros a rencontré ce denier pour lui demander d'établir un relevé topographique sous-marin permettant de savoir où le câble Internet sous-marin de son projet sera posé. A partir de là, une longue et passionnante chasse au trésor prend place, et des méchants, qui s'intéressent également à la légende du trésor japonais, commence à surveiller les nouvelles recherches et découvertes du héros et de ses nouveaux partenaires.
Pour vous dire la vérité, je n'ai pas encore trouvé l'envie de lire aucun des autres romans que Neil Stephenson a écrit. La lecture de leurs synopsis me dit qu'ils ne m'apporteront pas le même plaisir. Il est possible que je me trompe. Je n'ai pu trouver de plaisir équivalent, et de roman aussi long, dense et si intelligent, qu'en découvrant et en lisant le tout récent « Grandoria », par Dominique Raymond Poirier (bizarrement pas disponible en France bien qu'écrit en français, et uniquement accessible sur le site américain Amazon.com). Ce roman m'a également fait penser au tout aussi épais « Le Conte de Monte Cristo », par Alexandre Dumas (surpris d'une telle comparaison, hein ?) et je pense que ceux qui ont apprécié ce classique de la littérature adoreront forcément « Cryptonomicon ».
L'auteur de « Cryptonomicon » est indiscutablement un excellent auteur doublé d'un surdoué, dont le QI doit certainement dépasser le 140, et je pense que c'est aussi ça qui rend ce roman si particulier.
« Cryptonomicon », un incontournable auquel je donne six étoiles, même si Amazon me limite à cinq.