Le groupe a conquis grâce à ses performances scéniques plus hors-normes encore que le hip-hop décloisonné qu’il défend, mais il ne faut pas oublier que s’il a fédéré pendant dix ans, c’est aussi en ne produisant aucun album décevant. Vérification avec ce troisième album : alors que sa réputation européenne a atteint son apogée, le Peuple de l’Herbe ne se laisse enfermer dans aucun microcosme et avance à pas de géant, qui aurait en plus chaussé ses bottes de sept lieues.
Incisifs et novateurs, ces turntablists évitent l’écueil des murs du son et des discours vindicatifs qui finissent par lasser. Ils édulcorent le propos en y ajoutant leur touche : cuivres (avec ces moments d’acid jazz pur jus, où les trompettes se mélangent aux rythmes funk et aux scratches) et grooves variés, électro ou instrumentaux.
Car ce qui fait que l’on s’attache à un album et qui garantit de vraies parties de plaisir en concert, ce sont les hymnes, ceux qui mettent tout le monde d’accord et deviennent parfois même des tubes. Et dans ce cas précis,
Cube assène le coup de grâce à ses potentiels détracteurs dès le titre
« Main Title Theme ». Un départ canon, façon générique d’Hawaï Police d’Etat, dans lequel la batterie de Psychostic et la trompette de N'Zeng imposent leur loi.
De l’acid jazz de
« Kin Sapalot », du hip-hop des Puppetmastaz sur
« El Passo », aux beat-boxes de JC 001 dans
« Boxin’ Da Beat », les virages ne déroutent pas ! Si
Triplezéro (leur premier album) nous faisait parfois quitter la route, ici l’auditeur vit une telle
« Adventure » qu’il garde les yeux grands ouverts. Quoi de plus normal après tout. L’art du « Peuple de l’herbe », association d’excellents DJs, réside en cette capacité à réaliser en souplesse un grand écart entre deux titres qui possèdent, soit leur univers propre, soit deux univers complémentaires qu’une écoute distincte n’aurait pas rendu évidente.
Et puis enfin, ce qui rend le tout si agréable, c’est l’humour distillé tout au long de l’album. De l’interlude de
« Keskonf » au répliques cultes (« Qu’est-ce c’est que ça ? » ; « c’est si bon… ! ») jusqu’à la conclusion « Thank you very much for playing this record », la bonne humeur règne.
Est-ce leur sacro-saint rapport à la nature qui les fait, comme le bon vin, se bonifier avec le temps ? Est-ce la fidélité à leur berceau Lyonnais, et donc leur éloignement de la capitale qui construit et déconstruit les modes en un claquement de doigts, qui les protège ? Album tout bonnement stupéfiant, qui s’ouvre comme une boîte de pandore une fois mis dans le lecteur,
Cube est ce que l’on appelle communément « une bombe ». Si le terme tend à être galvaudé, il suffit de réécouter ce disque pour régler l’échelle de valeurs.
Anne Yven - Copyright 2012 Music Story