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16 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Trente ans, mais pas une seule ride , 1 janvier 2009
Le sujet de « La culture du narcissisme » ouvrage de Christopher Lasch paru en 1979, porte sur l'évolution de la psychologie des humains -les monades égoïstes pour reprendre l'expression de Jean-Claude Michéa- dans la société libérale (lisez capitaliste) « post-moderne ». C. Lasch (1932-1994) est presque exactement contemporain de Guy Debord et ce travail partage avec « La société du spectacle », ouvrage auquel il renvoie explicitement, le même type de réception publique officielle : un silence assourdissant. Ce travail est dense (288 pages bien tassées dans la collection Champs essais ; la fonte utilisée pour le corps du texte est déjà petite, mais celle des notes en pied de page est minuscule) et porte sur les différents aspects de la vie courante (le travail, la famille, le couple, l'éducation, le sport et les loisirs, etc.). Au départ, Lasch est un historien. A l'arrivée, c'est un critique social dont la culture philosophique et psychanalytique est réellement solide. Politiquement, c'est un populiste (dans le meilleur sens du terme) qui met à nu les tares congénitales de la pensée dite « de gauche ». Il n'est donc guère étonnant que Michéa qui effectue un travail critique parallèle à celui-ci en France ait trouvé là une importante source d'idées.
Le sujet de Lasch est un homme dont la compétence technique livrée aux grandes entreprises ne permet plus de pourvoir lui-même à ses besoins matériels. Il vit au jour le jour, détaché du passé historique collectif, et rêve parfois de se libérer de sa dépendance à l'égard de la technologie et ainsi survivre à sa destruction ou son effondrement (thème plus largement développé par l'auteur dans « le moi assiégé »). Le narcissisme représente la dimension psychologique de cette dépendance. L'effondrement de sa vie personnelle provient de « la guerre de tous contre tous » (au sens de Hobbes) qui s'étend à présent aux classes moyennes. Le vide intérieur, la solitude, l'inauthenticité, le manque de confiance dans l'avenir sont son lot quotidien. La prolifération des images mine son sens de la réalité et l'idée répété d'un développement normatif engendre la peur spécifique de toute déviation lue comme pathologique. L'individu autonome du XIXme siècle a fait place à une conception marchande de la personnalité, un hédonisme trompeur et la nécessité de plaire et d'être aimé. L'employé n'est souvent qu'un prolétaire peu compétent qui va chaque jour à son travail bien habillé. La propagande de mort assénée chaque jour par les grands médias renforcent son sentiment d'insécurité. Lorsque la propagande se confond avec l'information, la notion de vérité a fait place à celle de crédibilité et la contagion de l'inintelligible se répand à tous les niveaux de l'appareil gouvernemental. Lorsque les images du pouvoir éclipsent sa réalité, ceux qui sont sans pouvoir se battent contre des fantômes. Dans l'enseignement, la démocratisation à contribué à la propagation de l'abrutissement et au déclin de l'esprit critique. Le pouvoir s'immisce dans les familles : les réformes présentées comme un sommet du progrès moral réduisent en réalité les droits du citoyen ordinaire. Le rôle de guide des parents s'effondre... Ceci n'épuise pas les thèmes traités dont un grand nombre sont repris dans les ouvrages plus récents de l'auteur.
Pour résumer, Christopher Lash est un auteur de tout premier plan dont l'œuvre apporte une vision réellement décapante de notre société. « La culture du narcissisme » sortie en 1979 n'a pas pris une seule ride. C'est le bon point d'entrée dans l'œuvre de Lasch.
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24 internautes sur 28 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Aux origines de la gauche bobo, 23 septembre 2006
Voilà sans doute, et sans aller plus loin, l'analyse la plus lucide de tous les mythes que trimballe la gauche bobo aujourd'hui: culte éperdu du moi, exigence immédiate de la satisfaction du désir, relativisme des valeurs et surtout destruction obsessionnelle de l'école et de la culture (transformée en "fête"). Le chapitre sur l'école et sa destruction aux Etats-unis permet de comprendre ce qui se passe aujourd'hui chez nous.
Vous qui lisez ce livre, abandonnez tout espoir: la gauche (dite "gauche américaine", celle qui communie autour de la lecture de "Libération") est l'avant-garde de la réaction. Depuis la publication de ce livre, son arrière-garde a pris le pouvoir partout, l'hédonisme agressif, le mépris du travail, le culte de l'individu isolé esclave de ses désirs est devenu l'idéologie officielle. Cela porte aussi un autre nom: le nihilisme.
D'autant plus admirable qu'à l'origine Lasch était un marxiste, mais qui a refusé de suivre la "modernité" issue de mai 1968.
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9 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Incroyable!, 4 novembre 2004
Je ne connaissais pas du tout cet auteur et suis tombé complètement par hasard dessus. Sa puissance d'analyse est je crois fondée sur une rigueur et une honnêteté intellectuelles qu'on ne rencontre plus de nos jours! Il y a presque trente ans, ce type avait déjà compris la raison principale du mal-être contemporain: pour un individu, l'absence de sur-moi (due à une société faussement permissive et libertaire) est aussi handicapante qu'un sur-moi étouffant développé au sein d'une société trop rigide. Entre autre, elle le condamne à vivre seul, désespérément seul, entre lui et lui-même. Narcisse et son image...
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