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De l'autre côté du miroir, 12 juillet 2003
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Culture française vue d'ici et d'ailleurs : Treize auteurs témoignent (Broché)
L’ouvrage La culture française vu d’ici et d’ailleurs » édité par Thomas C. Spear est, comme l’annonce l’introduction, une condamnation sans appel de la Francophonie, qui n’est analysée que dans sous sa forme institutionnelle et parisienne. Une phrase lui sert ainsi de leitmotiv : « Comment expliquer que Paris n’est pas le nombril du monde pour tous les francophones » ? Pour ce faire, cette collection d’essais et de témoignages fait intervenir des auteurs et des chercheurs qui « côtoient la culture française tout en vivant d’autres cultures et d’autres langues » (p.11).
Dès l’introduction, T.C. Spear établit un amalgame regrettable entre la période coloniale et la défense de l’exception culturelle française aujourd’hui. L’intérêt trop exclusif du monde anglo-saxon pour les théories postcoloniales privilégiant l’étude du colonialisme et de ses conséquences explique sans doute cette absence de nuances. Si les études francophones tombent parfois dans les mêmes travers, il n’en est pas moins vrai que T. C. Spear sous-estime ici la pluralité des théories francophones (comme celle des théories postcoloniales au demeurant) qui laissent souvent une grande place aux langues et cultures individuelles comme le créole, mais qui affirment également un lien de ces pays créé par la langue et la culture française que tous auraient à degrés divers en partage. On peut d’ailleurs douter du rejet affiché de la notion de pureté, lorsque l’on constate que le terme de « pollution » culturelle française est évoqué à plusieurs reprises, avec ou sans guillemets. De fait, la théorie postcoloniale qu’il oppose à la francophonie est assez vague. Afin de concilier les approches diverses et parfois contradictoires – pourquoi donner une voix unique à un recueil ? - le plus petit dénominateur commun doit être trouvé. Il semblerait que ce soit le politiquement correct, né d’une intention louable et utopique mais nocif pour l’esprit scientifique.
Il faut cependant reconnaître, à travers cet ouvrage entre autre, qu’une analyse réfléchie des phénomènes coloniaux et postcoloniaux complèterait avec bonheur les analyses francophones.
Ce recueil d’écrits à la première personne est divisé en deux parties : les auteurs qui abordent le refus de l’acculturation des francophones hors de France (la Béninoise Irène Assiba d’Almeida, le Guinéen Manthia Diawara, l’Italo-Egyptienne Marlène Barsoum, la Congolaise Elisabeth Mudimbe-Boyi, le Camerounais André Ntonfo et le Québécois François Paré) et ceux qui interrogent l’identité française de l’immigré (Joëlle Vitiello, Patricia-Pia Célérier, Martine A. Loufti, Mireille Rosello, Alec G. Hargreaves, Gisèle Pineau et Malek Chebel).
On notera que la parole est donnée avant tout à l’Afrique sub-saharienne, ce qui laisse le lecteur un peu sur sa faim. Qu’en est-il des territoires d’outre-mer qui ne sont pas pris en compte ?
La plupart des contributions sont des récits de vie, des prises de position, des réflexions sur le rapport vécu à la France. Dans « Mémoires d’en-France », Manthia Diawara oppose deux camps : l’un conservateur et francocentrique représenté par Senghor, l’autre nationaliste et afrocentrique représenté par Cheikh Anta Diop. A ses yeux, le personnage de Senghor renforce l’idée que « la francophonie suppose la supériorité de la France sur ses périphéries, ses anciennes colonies » (p.63). Dans « Le français langue paternelle », Elisabeth Mudimbe-Boyi présente les bouleversements culturels provoqués par l’enseignement et l’usage de la langue française comme une conséquence plutôt positive, non pas parce qu’il s’agit du français, mais parce qu’il s’agit d’une langue étrangère qui émancipe les femmes maîtrisant cet outil et qui provoque la réféxion à travers la confrontation avec un univers nouveau : « Si l’école nouvelle est source d’aliénation culturelle, pour moi, elle a été également le lieu de surgissement d’un regard neuf et d’un discours critique sur cette aliénation » (p.87). André Ntonfo regrette cependant que les programmes scolaires français ne tiennent pas compte des littératures francophones. Ce constat introduit le problème évoqué des liens qui unissent les locuteurs d’une même langue, attachés à une même culture, mais aussi les différences liées aux cultures d’origine . Comment, en effet, enseigner une telle diversité au niveau du secondaire sans négliger les particularités de chaque culture ? La postface de Maryse Condé relativise d’ailleurs, à travers le récit de son fils, à la fois l’image d’une francophonie colonisatrice et la vision d’une famille francophone harmonieuse et unique.
On aurait aimé que le problème soit développé ici, mais le genre autobiographique de l’ouvrage ne s’y prête sans doute pas. Cette collaboration de points de vue a quoi qu’il en soit le grand mérite de provoquer la discussion à travers ces critiques encore trop souvent justifiées. T. C. Spear met ainsi en lumière la négligence des aspects non francophones d’une région par certaines théories de la Francophonie institutionnelle ou non. Il apporte de la sorte un regard complémentaire bénéfique aux études de ces régions.
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