Si cette pièce, à sa création, dut une grande partie de son succès aux échos patriotiques qu'elle éveilla dans le public, ceux-ci depuis lors se sont bien évanouis et ce n'est pas plus mal. Il est en effet plus sain, selon moi, de voir une oeuvre littéraire triompher pour ses mérites littéraires et non en vertu de considérations politiques ou au nom d'un chauvinisme plus ou moins douteux. Or le triomphe de "Cyrano", en plus d'un siècle d'existence, ne s'est jamais démenti. Preuve, s'il en fallait une, que sous ses relents cocardiers aujourd'hui tombés en désuétude, ce drame romantique recèle bel et bien des émotions subtiles et intemporelles. C'est à la fois l'histoire déchirante d'un amour tragiquement impossible, le portrait magnifique d'un homme hostile à toute servitude, qu'elle soit morale ou physique, et un feu d'artifice verbal étourdissant qui fait de chaque rime une pirouette et de chaque scène un morceau de bravoure. Bien sûr, il y a parfois des vers "faciles". Rostand n'est pas Corneille et "Cyrano" n'est pas "Le Cid". Mais qu'importe! Il y a dans cette pièce une grâce, une élégance, un souffle qui rendent ses quelques faiblesses parfaitement anecdotiques. C'est un tourbillon d'humour, de panache et d'émotion qui vous prend au coeur et aux tripes et que, personnellement, j'ai toujours autant de plaisir à relire, fût-ce pour la dixième fois!