Clérambault, Rameau, cantates "Orphée", L'Yriade, Cyril Auvity, 2007, 1 CD Zig-Zag Territoires.
La mort de Lully (1687), et plus encore la Paix de Ryswick (1697), vont permettre à la musique française de renouer des liens avec la musique italienne et de s'essayer à des genres nouveaux pour elle, particulièrement la sonate et la cantate.
Pour la cantate française, "petit poème fait pour être mis en musique contenant le récit d'une action galante ou héroïque, (...) composé d'un récit qui expose le sujet, d'un air en rondeau, d'un deuxième récit, et d'un dernier air contenant le point moral de l'ouvrage" (La Grande Encyclopédie), le poète Jean-Baptiste Rousseau va proposer une forme précise de versification : vers longs (dix à douze pieds) pour les récits, vers courts (huit à quatre) pour les airs, forme qui s'assouplira au fur et à mesure des années, jusqu'à ne plus présenter de différence de versification entre récits et airs, comme on le voit dans la cantate de Rameau.
D'abord au Palais-Royal, chez Philippe d'Orléans, futur Régent, dont l'entourage se flatte de former une "contre-cour", puis dans la bourgeoisie parisienne, cette sorte de petit opéra, sans décor, sans costumes, sans danse, interprété presque sans mouvements, confié à une seule voix, chantant à la fois le narrateur et les personnages, qu'accompagnent, suivant les cas, deux à quinze instruments, va rencontrer un tel succès que Versailles, et les musiciens du "coin du Roy", vont à leur tour se laisser séduire. Le plus talentueux d'entre eux, Louis-Nicolas Clérambault, "organiste de la Maison Royale de Saint-Louis à Saint-Cyr", en publiera vingt-six entre 1710 et 1742.
Ce CD propose deux cantates intitulées "Orphée", la première de Clérambault, la deuxième de Rameau, augmentées d'airs sérieux de Michel Lambert (c.1610-1696), le beau-père de Lully, et d'un certain François Bouvard, (c. 1684-1760) chanteur et compositeur d'origine lyonnaise, auteur de tragédies en musique ("Médus, roi des Mèdes" (1702), et "Cassandre" (1706).
On peut regretter que ce CD ne soit pas double car, s'intitulant "Orphée", et présentant la "cantate française", il lui manque celle qui a inauguré le genre en France, l'"Orphée descendant aux Enfers" de Marc-Antoine Charpentier. Elle accompagnerait mieux Clérambault et Rameau que les airs, un peu archaïques, de Michel Lambert, si beaux soient-ils. Et si elle manque, cette cantate de Charpentier, c'est que Cyril Auvity, avec sa diction soignée, d'une grande pureté, et ce timbre limpide agrémenté d'une pointe d'acidité qui confère jeunesse et séduction au héros antique, lui aurait rendu pleinement justice.
Malgré ce petit regret, un disque, fort beau, qui donne une idée de ce que pouvait être une soirée musicale dans un hôtel du Marais ou de l'île Saint-Louis dans la première moitié du XVIII° siècle.