45 internautes sur 45 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Des analyses toujours très pertinentes, 5 novembre 2011
Cet essai reprend des idées que l'auteur a déjà énoncées dans les volumes de son journal et prolonge certains de ses livres comme "La Grande déculturation", "La Dictature de la petite bourgeoisie" ou le "Répertoire des délicatesses du français contemporain". Il est écrit d'une seule traite, sans divisions ni chapitres, un sujet en amenant un autre. Contrairement à d'autres livres de l'auteur, il est dépourvu d'index : retrouver un passage précédemment lu est donc relativement moins aisé.
Camus fait partie de ces rares intellectuels qui ont le courage de dénoncer l'idéologie de plomb qui régente implacablement la vie des Français actuels, idéologie dont les quatiers généraux se trouvent entre autres à la Maison de la Radio ou dans les couloirs du "Monde" mais aussi dans chacun des établissements scolaires de France. L'auteur décrit parfaitement la régression que nous sommes en train de vivre, ces reculs de civilisation que nous avons tous constatés au quotidien et qui forment un tout. Il nomme cette régression et ses différentes manifestations de manière sobre, réfléchie, lumineuse, sans tomber dans une analyse idéologique politiquement marquée. Bête noire de la bien-pensance, Camus est sûrement l'auteur qui en décrit le mieux les mécanismes destructeurs : j'irais jusqu'à dire que son acuité en fait le Saint-Simon de notre époque (les 24 + 4 volumes de son journal en sont l'illustration). Le livre est dédié à Millet, qui comme lui dénonce la dictature idéologique actuelle ; cependant, contrairement à Millet, Camus n'est pas catholique (ou du moins dans ses livres il apparaît comme athée ou agnostique).
Quant au style, il est moins classique qu'il n'y paraît à première vue : sous les différentes strates de perfection lexicale* et grammaticale, poignent irrémédiablement les souvenirs de l'avant-garde littéraire des années 70 de laquelle il faisait partie. Camus n'est pas un réactionnaire stylistique (ni même idéologique) comme voudraient le faire croire ses détracteurs -qui ne l'ont pas lu- à un public qui tombe plus facilement sur leurs opinions que sur ses livres : "Décivilisation" est fidèle à ses prédécesseurs et s'inscrit dans un œuvre dédié à la réécriture et à ses prolongements.
Toutes ces raisons font de Camus le meilleur écrivain actuel et (il me semble) celui que la postérité retiendra comme le plus important.
*Notes désagréables de bas de page :
Les seuls défauts que je trouve à ce livre sont de l'ordre du détail : une utilisation abusive de l'adverbe « assez » (« assez inquiétante », « assez rare », « assez typique ») et beaucoup trop de mots en anglais dans le texte (que sont les « lower orders » ?) y compris des citations (Gracián est traduit mais pas Ph. Sidney ; doit-on donc être anglophone pour lire un livre en français ?). Et puisque j'y suis, j'ai toujours trouvé Camus étonnamment indulgent avec le monde anglophone et en particulier avec les États-Unis, alors que leur rôle dans la débâcle actuelle n'est sûrement pas négligeable. Pour en revenir au vocabulaire qui m'a étonné sous sa plume, Camus utilise une fois l'inexcusable anglicisme "en charge de" et le très connoté "malpoli(es)".
Enfin, il y a deux fautes de frappe, qui ne sont pas dues à l'auteur, mais qu'un livre de cet auteur doit justement éviter : « moyen âge » s'écrit traditionnellement sans majuscule et le poète Sidney n'a qu'un seul "y" à son nom.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non
23 internautes sur 23 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
décomposition, 6 novembre 2011
Mon Dieu, quel livre ! Monsieur Camus analyse avec très grande intelligence les raisons du mal-être de plus en plus audible d'un certain nombre d'êtres humains, voulant à toute force être encore des citoyens civilisés), il le fait avec la maîtrise d'un philosophe, sans perdre son statut d'écrivain, je veux dire que c'est un livre " écrit ", au ton grave, sans trop de place à l'humour cette fois mais nous rirons plus tard. Pour l'instant, il faut comprendre et donc lire ce livre paradoxalement roboratif : l'auteur n'est pas dans la jérémiade, il déplore, pointe du doigt, met en cause, mais aussi démêle, éclaire, explique et comme par magie, on entend un deuxième texte, presque en même temps, celui des solutions, solutions offertes par un indéniable homme politique .
F Manca
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non
18 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Un livre-programme et un viatique, 13 novembre 2011
Il y a dans ce livre tout ce que vous pensez sans oser le dire, tout ce que vous voudriez sans oser le demander, tout ce que vous espérez en votre for intérieur sans y croire... Et que vous ne trouverez dans aucun programme politique des candidats aux prochaines élections présidentielles : par ignorance, par veulerie, par calcul aucun des postulants ne fera les constats « sociétaux » et les bilans civilisationnels que décline avec intelligence, lucidité et courage Renaud Camus. Une traversée de la modernité "c'est-vrai-qu'iste" en régime "soi-mêmisme" peu édifiante (et même souvent effondrante). Reste que le problème d'un tel texte est celui de sa réception: y a-t-il encore aujourd'hui un public non-"noçent" pour en partager l'esprit et les thèses? Alors osons un pari fou, que Renaud Camus trouve le public et les appuis qui permettront au Parti de l'In-nocence de faire souffler un vent de vérité, d'authenticité et d'espoir autour de valeurs retrouvées comme le civisme, la civilité, l'urbanité, bref ce qui est au fondement de notre civilisation. Plus qu'un livre programme, un viatique indispensable pour affronter la crise et les prochaines échéances électorales.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non