Rien mieux que cet extrait des dialogues, tiré du film d'Arcand « Le déclin de l'Empire américain », n'en résume mieux le contenu :
" Les signes du déclin de l'empire sont partout, la population qui méprise ses propres institutions, la baisse du taux de natalité, le refus des hommes de servir dans l'armée, la dette nationale devenue incontrôlable, la diminution constante des heures de travail, l'envahissement des fonctionnaires, la dégénérescence des élites. Avec l'écroulement du rêve marxiste-léniniste, on ne peut plus citer aucun modèle de société dont on aimerait dire « voilà comment nous aimerions vivre ».
Comme sur le plan privé, à moins d¹être mystique ou un saint, il est presque impossible de modeler sa vie sur aucun exemple autour de nous, ce que nous vivons, c'est un processus général d'effritement de toute l'existence. Et ce processus paraît inévitable. Même si comme à toutes les époques, vous trouverez des charlatans pour vous dire que le salut est dans la communication, les microcircuits imprimés, le renouveau religieux, la forme physique, ou dans n'importe quelle autre sottise, le déclin d'une civilisation est aussi inévitable que le vieillissement des individus. Au mieux on peut espérer retarder un peu le processus. C'est tout.
Remarquez que nous ici nous avons la chance de vivre en bordure de l'empire (ndlr : le locuteur est Québécois), les chocs sont beaucoup moins violents. Il faut dire aussi que la période actuelle peut être très agréable à vivre pour certains côtés. De toute façon notre fonctionnement mental nous interdit tout autre forme d'expérience. Je ne crois pas qu'il y en aurait beaucoup parmi nous qui pourraient vivre au milieu des puritains de la Nouvelle-Angleterre en 1650".
Film est étonnamment prémonitoire (il date de 1986) sur les réalités et les mutations de notre civilisation contemporaine. Arcand parvient à nous restituer une image lucide et sombre, mais aussi et heureusement drôle, de notre monde comme le fait Houellebecq dans la littérature.