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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Désert solitaire,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Désert solitaire (Broché)
Edward Abbey découvre les paysages du Grand Ouest américain via les westerns de son enfance. Dès lors ces images d'étendues sauvages et naturelles ne cesseront de le poursuivre. "Désert solitaire" est l'une des grandes œuvres de cet auteur, avec "Le gang de la clef à molette", grand écrivain du natural writing, et inspirateur du mouvement Earth First!On peut s'étonner qu'Abbey n'ai pas eu le même auditoire en France, où le mouvement de l'écologie est plus récent, et n'a pas connu la même ampleur et le même développement. L'auteur qui nous occupe ici est muté comme ranger dans le Parc National des Arches, à l'aube des mutations du tourisme industriel. C'est l'occasion pour lui d'évoquer toute la puissance du désert, intransigeant, brûlant, aride, mais pourtant si fragile: à l'heure des parkings, des circuits touristiques et de la construction par l'homme d'une nature artificielle qu'il voudrait appeler "protégée".... Car effectivement, la frontière est mince, nous rappelle Abbey, entre la préservation et l'artificialisation, entre l'universalisation comme élan pour ouvrir le parc à tous, et sa destruction en le rendant "inoffensif", ce que précisément la nature n'est pas... Car l'auteur relate sans transiger toute l'âpreté et l'ingratitude du désert; lorsqu'un photographe passionné est retrouvé mort de soif sous un genévrier, ou encore dans ce chapitre particulièrement intéressant où Abbey part à la recherche d'un mystérieux cheval sauvage, qu'il retrouve errant, pareil à une ombre décharnée du sculpteur Giacometti... Mais c'est précisément cette nature sauvage et sans compassion dont Abbey se fait le défenseur et le narrateur... Sans jamais sombrer dans la misanthropie ou dans l'aigreur, il nous relate ce désert si féroce et pourtant si fragile. On ne peut que saluer les éditions Gallmeister de rééditer cet ouvrage essentiel. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Diagnostic d'un visionnaire : OUI aux parcs nationaux, NON aux parkings nationaux !,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Désert solitaire (Broché)
Edward ABBEY décrit son expérience de ranger au cours des années 1950-60 dans Arches National Park : un des parcs nationaux qui constituent (non sans raison) l'un des fleurons du tourisme outre-Atlantique. Engagé d'avril à septembre pour surveiller le site au cours de la saison touristique, il nous décrit, en spécialiste érudit, la biologie locale tant au niveau de la flore, de la faune et de la géologie.Mais l'aspect le plus intéressant du livre est anthropologique : l'auteur dissèque sans pitié, les fondements sur lesquels a été établi le tourisme de nature aux USA et montre comment, dans l'immédiat après-guerre, tout a été fait pour favoriser le lobby de la bagnole, avec aménagement de routes goudronnées et de campings, de façon à permettre un tourisme de masse et au « ploucus americanus » (sic p.245) d'accéder aux plus beaux sites de la planète en restant dans sa voiture ou mieux dans son camping-car climatisé, en sirotant une bonne bière fraîche (et peut-être en regardant la télé)... Dans un autre chapitre remarquable, il analyse également, avec beaucoup de finesse, le problème des populations autochtones (confinés dans leurs réserves) et le mythe du cow-boy aux Etats-Unis. Vers la fin de l'ouvrage, il insiste sur la chance qu'il a eu d'avoir pu descendre, sur plus de 150 miles, le fleuve Colorado jusqu'au barrage de Glenn Canyon (alors en construction) et décrit la beauté irrémédiablement perdue de ces canyons aujourd'hui noyés sous une mer de boue : tout cela pour fournir de l'électricité et servir de base de loisir nautique aux riches américains... Il offrait dès 1968 (date de parution du livre) une alternative à cette politique de tourisme de masse fortement motorisée, en proposant de supprimer tout déplacement à moteur dans ces sanctuaires naturels (parkings géants à l'entrée des parcs, déplacement uniquement à pied, à cheval ou en vélo à l'intérieur du site et service de bus assurant le transport des bagages entre les différents secteurs d'hébergement) : en effet, pour lui, comme pour probablement beaucoup de lecteurs, rien ne vaut la découverte à petite vitesse et en silence de ces lieux privilégiés... Ajoutons que ce journal de bord n'est jamais ennuyeux, plein de poésie et d'humour et décrit, avec beaucoup d'humanité, certaines histoires touchant les rares individus installés dans ces zones désertiques ; précisons enfin que le traducteur a accompli un travail remarquable. Le seul défaut de cet ouvrage est finalement son prix, mais les éditions Gallmeister ont eu le mérite de rééditer en 2010 ce chef d'oeuvre américain (comme le qualifie The New Yorker au verso de la couverture). Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
5 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile
2.0 étoiles sur 5
La solitude ça n'existe pas,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Désert solitaire (Poche)
Une nouvelle fois nous retrouvons Edward Abbey dans un bouquin qui magnifie le désert, son désert, le désert américain au caeur de l'Utah. Dans les années cinquante, l'auteur prend un job saisonnier de ranger dans un parc national au sud-est de l'Etat d'avril à septembre. Plusieurs années de suite il renouvellera l'expérience, tenant un journal où il y consigne ce qu'il voit et fait. C'est à partir de ce matériau que ce livre a été écrit dix ans plus tard, en 1967, et dès la préface il prévient « la plus grande partie de ce sur quoi j'écris dans ce livre a déjà disparu ou est en train, rapidement, de disparaître ». D'où l'amertume qui sue parfois au détour de quelques phrases quand il constate que le paradis terrestre n'est plus ce qu'il était. A contrario, c'est aussi cette déception qui rend ces pages plus attachantes encore. Edward Abbey nous livre ce qui aurait pu être un texte écrit par Adam après son expulsion du Paradis. Ici la nature est dure et sauvage, sublime et immense, cachant des merveilles inaccessibles au fond des canyons où seules les prouesses physiques et la volonté de l'auteur lui permettent de les entrevoir. Pour le néophyte, désert semble rimer avec rien, pourtant le bouquin regorge de noms de plantes, de pierres et d'animaux souvent peu familiers, trahissant la grande culture de l'écrivain et de l'homme de terrain. A lire avec une bouteille fraîche à portée de la main.« C'est une chose étrange que, dans le pays des canyons, plus on s'approche du fleuve, qui est l'artère vivante de toute la région, plus la terre devient sèche et nue, moins elle devient habitable. De ce point de vue, le désert du Colorado est à l'opposé de celui du Nil, en Egypte, et de celui du Rio Grande, au Nouveau-Mexique, où la vie, les hommes et les villes se regroupent sur les rives. Le long du Colorado, il n'y a aucune ville entre Moab, en Utah, et Needles, en Californie, qui en est distante de plus de mille miles. » Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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