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16 avril 1975 : Loung fête ses cinq ans. À Phnom Phen, elle mène une vie confortable, dans une famille heureuse. Loung est une enfant vive, insouciante, gâtée. Elle raffole des sauterelles grillées et adore son père. Elle vit comme une gamine de son âge. Mai 1977. Loung a sept ans. Son ventre menace d'exploser et on voit les os au travers de sa peau. Elle suce des morceaux de charbon et guette les poux pour tromper sa faim. Elle a déjà perdu son père et sa sœur Keav. Elle doit abandonner sa mère et ses autres frères et sœurs. Deux ans suivront avant qu'elle ne retrouve une existence un peu décente.
Voilà, racontée avec des mots simples, l'histoire de la petite Loung et de sa famille. Voilà, racontée par la bouche d'une enfant, la tragique épopée meurtrière des Khmers rouges au Cambodge. La torture aveugle, la paranoïa, la destruction des familles, la famine et l'humiliation quotidienne. L'idéologie folle de Pol Pot et des Khmers rouges imaginant une société idéale construite sur une seule classe sociale où les artistes, les intellectuels et "tous les porteurs de lunettes" représentaient un danger pour la nation !
On a comparé ce témoignage au
Journal d'Anne Frank. Avec raison, car la vision d'un enfant sur un monde dominé par l'aveuglement totalitaire – nazi ou communiste – est toujours un moment d'émotion. Leurs deux récits sont sans appel. Loung fut projetée de plein fouet dans cette réalité. Elle participa aux camps de travail, fut enrôlée comme "enfant-soldat", dû mentir sur ses origines, abandonna sa famille. Son père, sa mère et deux de ses sœurs ont péri, "comme deux millions de Cambodgiens, soit près du quart de la population du pays." Ce "devoir de mémoire" est dédié à ses parents. Malgré ces quatre années tragiques, elle et quatre de ses frères et sœurs s'en sont sortis. Loung vit à présent aux États-Unis. Elle est porte-parole de la Campagne internationale pour l'interdiction des mines antipersonnelles.
--Marine Segalen
Quatrième de couverture
Le génocide perpétré au Cambodge par les Khmers rouges a donné lieu à peu de récits. Le livre de Loung Ung répare cette lacune. Avril 1975 : l'armée de Pol Pot envahit Phnom Penh, mettant un terme brutal à l'enfance de Loung Ung, alors âgée de cinq ans. La petite fille a grandi dans un milieu privilégié avec ses six frères et sueurs ; ses parents sont tous deux d'origine chinoise. La famille doit fuir la capitale, errant bientôt de village en village en se faisant passer pour des paysans analphabètes. Afin d'avoir les meilleures chances de survie, Loung et les siens doivent se disperser et la fillette est enrôlée en tant qu'« enfant-soldat ». Les parents de Loung Ung et deux de ses sueurs disparaîtront, l'un après l'autre, dans la tourmente. Tout au long de quatre années de cauchemar, quelle que soit la brutalité des épreuves, Loung Ung s'est toujours raccrochée à un immense amour familial, et n'a cessé de garder espoir pour elle-même et pour ceux qu'elle aime. Ce témoignage d'une rare force d'évocation - qui offre un troublant parallèle avec les écrits d'Anne Frank dans l'Europe hitlérienne - nous fait plonger, intimement, au jour le jour, au coeur d'une des plus grandes tragédies du XXe siècle.
Loung Ung, qui vit maintenant aux États-Unis, est porte-parole de la Campaign for a Landmine-Free World (Campagne internationale pour l'interdiction des mines antipersonnel), organisme qui a reçu le prix Nobel de la Paix en 1997.