Voilà bien le genre de film a diviser un public en deux, avant même sa sortie. Adapter Elroy ! Mais comment est-ce possible ? Ca ne l'est pas, mais on peut tout de même essayer, comme James B. Harris avec COP, qui ne s'en sortait pas mal, et comme Curtis Hanson avec LA CONFIDENTIAL, qui lui s'en sortait avec les honneurs.
LE DAHLIA NOIR raconte la découverte d'un cadavre de femme horriblement mutilé (Elizabeth Short), et l'enquête qui en découle, dans le Los Angeles d'après guerre. L'histoire étant inspiré d'un fameux roman de James Elroy (premier tome du Quatuor de Los Angeles), lui même inspiré d'un fait divers réel, et non élucidé à ce jour.
Brian de Palma aurait pu être l'homme de la situation, s'il n'y avait pas à Hollywood 15 producteurs délégués (20 exactement au générique !) sans cesse présents sur un tournage, pour surveiller le travail d'un metteur en scène, et veiller aux intérêt des investisseurs. Ces types sont des parasites, frileux, incompétents, bien souvent à l'origine d'un fiasco. De Palma, par ses compétences, sa cinéphilie, ses obsessions, son amour des intrigues alambiquées, était en mesure de réussir un grand film. Le souci, c'est que le film se veut fidèle au roman de James Elroy, tout en s'en écartant. Il est indéniable que l'attirance morbide de l'enquêteur pour le Dahlia, n'est pas suffisamment exploitée. Il est regrettable que l'on passe 20 minutes sur les histoires de boxe. Légitime dans le roman, inutile pour le film. Ces précieuses minutes auraient du être utilisées à meilleur escient, pour éclairer es zones d'ombre (aucune enquête ni question après la fusillade où Blanchart tue quatre personnes ?) développer des personnages. Par exemple le personnage de March, dont on entend parler sans cesse, mais qu'on ne voit jamais, sauf mort. Ou la relation Bleichert/Blanchart/Lake. Ou encore, pour mener une véritable enquête. Car LE DAHLIA NOIR pêche d'un défaut classique. Le coupable n'est pas identifié à force d'indices, de témoignages, de recoupements, d'analyses... mais parce qu'il avoue, et sans qu'on le lui demande, en plus ! Scénaristiquement, c'est plus simple et plus rapide ! Bleichert, le flic, cherche l'endroit où a été assassiné le Dahlia, et le trouve du premier coup ! Evidemment, rien n'a été nettoyé, les indices traînent, mais le flic n'en ramasse ni analyse aucun. Il se rend chez Linscott, avec de fortes présomption, mais aucune preuve. Et madame de lui balancer toute l'histoire, le meilleur ami, la fille illégitime...
Néanmoins, Brian de Palma réussit quelques grands moments de cinéma, comme ce mouvements de grue, lors de la fusillade et la découverte du Dahlia (reléguant la macabre découverte à l'arrière plan : idée de génie !), ou encore le meurtre de Blanchart, ou la scène des aveux, madame Linscott entourée de rideaux rouges, théâtrale à l'excès, démoniaque, effrayante. De Palma restitue bien de Los Angeles d'après guerre (en République Tchèque !), mène son récit sans trop de temps morts, dans une ambiance rétro au poil près, une photo léchée et zébrée d'ombres, comme il se doit.
Quitte à tronçonner et édulcorer le roman ( qui mêlait quatre intrigues), il aurait fallu rendre le scénario plus linéaire, ne pas se sentir obligé de faire un film tortueux, parce que le roman l'était aussi. Il fallait se défaire de l'emprise d'Elroy, ne pas hésiter à en trahir l'esprit. C'est généralement ainsi qu'une adaptation trouve sa vraie valeur. Le film ne démérite pas, mais reste loin de l'immense aeuvre littéraire d'Elroy, qui brassait 10 années d'histoire américaine, avec les obsessions de son auteur.