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34 internautes sur 34 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Les vies perdues,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Dame au petit chien et autres nouvelles (Poche)
Sur l'impression de tristesse insondable que la beauté d'une femme croisée au hasard de l'existence est susceptible d'inspirer à un jeune homme, Tchékhov a écrit l'une des nouvelles les plus belles qui soient: "Beautés". A peine quelques pages, deux séquences, et une pure merveille de sensibilité et de poésie. Que l'écrivain dépeigne la cour d'une ferme perdue dans la poussière estivale de la steppe ou une petite gare de province au couchant, la nature est le sillage des émotions humaines qu'elle prolonge, porte et répercute jusqu'à l'horizon lointain. Les coeurs et les paysages vibrent à l'unisson d'une unique pulsation où s'exprime comme un indicible sentiment de nostalgie...Comme dans cet autre récit où, sous un ciel d'orage qui perle sa barbe de gouttes de pluie, un soupirant adresse une émouvante déclaration d'amour. Les coups de tonnerre et la foudre qui déchire le ciel s'imprimeront dans la mémoire de la femme aimée comme l'éclair unique d'une existence terne, manquée. A l'image des multiples vies perdues, dévastées - par un mariage malheureux ou un amour impossible - qui composent ce recueil, à lire comme autant de variations sur les illusions perdues et l'implacable sentiment d'échec qui en découle. D'une facture plus classique, "Un royaume de femmes" déploie vingt-quatre heures de la vie d'Anna Akimovna, recevant le jour de Noël toute la société qui gravite autour de l'usine héritée de son père. A ce portrait d'une femme riche rêvant d'épouser un ouvrier, Tchékhov mêle l'extraordinaire tableau social d'une Russie fin de siècle et porte un regard d'un pessimisme radical sur la société de son époque et l'impossible dialogue entre les classes qui la composent, à mille verstes des visions rédemptrices de Tolstoï. Mais c'est dans le dessin de ses portraits de femmes que l'écrivain donne la pleine mesure de son talent. Nul besoin de préciser d'un adjectif, d'une formule psychologisante, le caractère d'un personnage. Les quinze nouvelles mettent à nu la pureté de la narration tchékhovienne. Elles révèlent le génie d'un conteur né, capable, par l'évocation d'un détail, de soulever les pans les plus secrets d'une destinée, ou de faire résonner, par la composition d'une scène quotidienne ou d'un dénouement d'une cruauté grinçante, l'amertume et les grandes ironies de la vie. Ainsi, dans "La Dame au petit chien", récit magnifique d'un adultère, le bonheur et le malheur n'ont jamais été aussi étroitement enlacés. Etreinte déchirante de mélancolie douloureuse, belle à pleurer... Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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