Polly Jean retrouve son mentor, John Parish, celui qui l'a initié à Captain Beefheart, dont l'influence est manifeste dans l'instrumental éponyme. Parish compose et joue de tous les instruments; peu porté sur la mélodie, plutôt la concoction de drôles de lignes musicales pleines d'angles morts et d'accidents en tout genre, avec toujours un soin minutieux aux petits détails (et aux percussions) qui confèrent au final un caractère atmosphérique très reconnaissable aux musiques du bonhomme. Polly, libérée des affres de la composition, peut s'amuser à poser sa voix, passant du chanté au parlé, à créer les mélodies absentes des instrumentaux. Et surtout pousse ses limites. Jamais elle n'a chanté aussi bien que sur ce blues concassé et strident "Rope Bridge Crossing", sur ce folk dépouillé aux guitares sèches "That Was My Veil" accompagné soudain d'un orgue sinistre. Polly hurle comme une sauvage sur des murs de guitares saturés "City of No Sun", ou se lance dans des imprécations hallucinées telle une victime rendue folle par un drôle de margoulin mystique "Taut", chaotique et effrayant. Le stoïque John Parish ne cesse de surprendre, sa musique hypnotique et lancinante, "Un Cercle Autour Du Soleil", se perd en circonvolutions avant de déboucher sur un gros refrain qui décape, "Urn With Dead Flowers in a Drained Pool". Et au passage signe quelque uns des morceaux les plus marquants sur lesquels PJ Harvey ait jamais chanté, les fabuleux "Civil War Correspondent" et "Heela", tout en tension retenue, pleines d'orgues et de basses vrombissantes, on y entend même au détour d'un refrain la voix chaude de l'homme de l'ombre. Le plus mélodique reste la reprise de Leiber & Stoller, "Is That All There Is?", mais en version lugubre en diable, avec un orgue légèrement saturé et la narration ironiquement désabusée de Polly. Difficile, exigeant, mais superbe et indispensable.